Panorama des générosités en France

Dons, legs, financements participatifs… Les Français ont de multiples possibilités pour exprimer leur générosité. Les sollicitations plus structurées et professionnalisées des organisations de collecte et le cadre fiscal incitatif sont des facteurs stimulants. Pour mieux comprendre la réalité de cette générosité, l’Observatoire de la philanthropie – Fondation de France publie le premier « Panorama national des générosités »*.

Venue des particuliers – via les dons financiers ou matériels, les legs, le crowdfunding, les quêtes sur la voie publique… – ou des entreprises grâce au mécénat, la générosité privée est estimée à 7,5 milliards d’euros en 2015**. Cette mobilisation est en croissance : depuis dix ans, les Français sont de plus en plus nombreux à déclarer leur générosité, dont les montants sont en hausse, et de nouvelles formes d’engagement se développent.

« Le chiffrage global de la générosité des Français était un objectif ambitieux et novateur. C’est la première fois que tous les acteurs du secteur se réunissent pour mieux comprendre la réalité de ce phénomène aux multiples visages », indique Daniel Bruneau, ancien président de France générosités et auteur de l’étude. « Les donateurs prennent conscience qu’ils peuvent jouer un rôle aux côtés de la puissance publique dans la prise en charge de l’intérêt général », souligne Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire de la philanthropie – Fondation de France.

Non seulement les besoins sont importants – aide aux populations vulnérables, soutien à la recherche médicale ou encore préservation de l’environnement – mais surtout la philanthropie a le pouvoir d’agir différemment, en étant plus agile pour lancer des expérimentations et apporter de nouvelles réponses. Une action complémentaire à celle de l’Etat, encouragée par les possibilités de déductions fiscales.

Les principaux résultats
  • La générosité privée des français représente 7,5 milliards €, soit le budget annuel du Ministère de la Justice.
  • Cette générosité est portée à 61 % par les particuliers et 39 % par des entreprises
  • Les legs représentent 1 milliard € de dons chaque année, soit 23 % à 30 % des produits la générosité privée pour les associations et fondations.
  • Les partis politiques ont reçu 102 millions € de dons en 2015.
  • Les collectes populaires, comme la Croix-Rouge ou les Pièces Jaunes représentent environ 47,5 millions €.
  • Les collectes en nature sont estimées à 39,5 millions €.

*Il est réalisé avec la contribution du CerPhi et en partenariat avec France générosités, l’Association Française des Fundraisers, le Centre Français des Fonds et fondations, Admical, le Don en Confiance et l’Institut des Dirigeants d’Associations et Fondations.

* *En 2015, année la plus récente pour laquelle les chiffres définitifs de l’administration fiscale sont disponibles.

 

Téléchargez la synthèse de l’étude 
L’étude complète sur le site de la Fondation de France 

Repenser l’école en France : quelle place pour les fonds et fondations
dans l’école de demain ?

Plus de 100 000 décrocheurs scolaires par an, de mauvais résultats dans les tests comparatifs internationaux alors que le système scolaire français est l’un des plus coûteux au monde… Ces constats ont incité de nombreux fonds de dotation et fondations privés à agir en finançant des associations qui pallient les manquements de l’école ou des écoles innovantes hors contrat. Les membres d’Un Esprit de Famille se sont réunis le 15 février pour un bilan de leurs actions et réfléchir à en accroître l’impact. Bénédicte Gueugnier, directrice de la fondation Financière de l’Echiquier, animait le débat.

 

Les manquements de l’école : état des lieux
Par Laurent Dupuis, délégué général de la fondation Potentiels et Talents*
La situation se dégrade :

  • 20 % des élèves ont des lacunes importantes en sortant de l’école primaire,
  • plus de 100 000 décrocheurs par an,
  • 60 % des étudiants inscrits dans les universités n’arrivent pas au terme des trois années de licence,
  • le recrutement des professeurs est en difficulté et ils vivent beaucoup de souffrances sur le terrain.

Les « manquements » sont des conséquences de la logique industrielle de massification qui préside depuis plusieurs décennies au pilotage de l’Éducation nationale. La massification des effectifs est intervenue sans anticiper la gestion de la diversité sociale et culturelle qui l’accompagne.

S’attaquer aux causes structurelles des failles de l’éducation permettrait d’engager la « transition éducative ». Quels sont ses fondements ?

  • Adapter le système à l’élève et non le contraire, dans le respect des différences et non l’indifférence.
  • Chaque école est singulière sur son terroir ; elle est le fruit d’un équilibre instable entre les parties prenantes.
  • L’équité au lieu d’une égalité dogmatique : « L’égalité se réalise par la liberté… la véritable égalité surgira de la reconnaissance de la diversité des intelligences. » Jean-Michel Blanquer, Le Point du 8/10/15. L’équité, c’est donner à chacun ce dont il a besoin pour se hisser à la hauteur de ses potentiels.

Le défi est de faire évoluer l’école classique, c’est un enjeu de conduite du changement : d’une école de la réussite « pour tous » à une éducation favorisant l’accomplissement de chacun.

* La fondation Potentiels & Talents, abritée par la Fondation pour l’Ecole, œuvre pour l’épanouissement et le développement durable des potentiels de chacun, y compris des profils « atypiques », en situation de handicap et/ou de « haut potentiel ».

Des solutions en lien avec l’Education Nationale, soutenues par les membres d’Un Esprit de Famille 
Prévenir l'illettrisme : la fondation Scaler et l’association Coup de Pouce
Coup de Pouce vise à favoriser la réussite scolaire pour tous en luttant contre l’illettrisme. Coup de Pouce a accompagné 11 000 enfants dans 1300 écoles en 2015-16. Bénéficiaires : grande maternelle – CP – CE1

Bénédicte Boissonnas, fondation Scaler : « Nous soutenons Coup de Pouce car le monde change très vite et demain, il n‘y aura plus de métiers sans formation. Il faut apprendre à apprendre dès le primaire, c’est important. »

La force des liens de proximité : le fonds Un Pied devant l’Autre et l’association ADOS
ADOS (Association pour le Dialogue et l’Orientation Scolaire, Paris 75018) propose aux jeunes un accompagnement dans leur scolarité, ainsi qu’un cadre et des activités destinés à développer leur autonomie et susciter leur responsabilisation. Bénéficiaires : jeunes du quartier de la Goutte d’Or du CP au post bac.

Nathalie Goyet, fonds de dotation Un Pied devant l’Autre : « Créé par les habitants du quartier eux-mêmes, ADOS établit des liens entre les établissements scolaires et des familles qui ne se sentent pas légitimes pour accompagner leurs enfants, ne connaissant pas les codes scolaires. Nous soutenons des associations de proximité comme ADOS qui sont un facteur de paix et d’intégration sociale, elles font un travail formidable pour la réussite de jeunes. »

Responsabiliser les jeunes : APPOS et l’association Arpej 14
Arpej 14 (Paris) accompagne des jeunes dans leur scolarité et la mise en œuvre de leur projet professionnel ; l’association soutient les parents dans leur rôle d’éducateur et dans leur relation avec l’école. Bénéficiaires : du CE1 au Post Bac.

Benoît Mialaret, APPOS : « Arpej 14 accompagne une centaine de jeunes par an parmi les familles défavorisées du 14è arrondissement de Paris. L’association établit un contrat tripartite entre chaque jeune, ses parents et son accompagnateur bénévole d’Arpej. Les jeunes sont ainsi responsabilisés. Soutenir ce type d’association est dans les gènes de l’APPOS, qui s’occupe de handicap social. »

Se connaître soi-même pour s'orienter : Acteur de mon avenir propose aux jeunes des coachs professionnels
Jacques Vincent, fondateur d’Acteur de mon avenir : « 800 000 jeunes passent en troisième chaque année, dont 250 000 en professionnel. Pour bien s’orienter, il faut se connaître soi-même, connaître les métiers et les cursus. Nos coachs professionnels agissent sur le développement personnel, l’acquisition de la confiance en soi. Ils soutiennent chaque année 250 jeunes. »
Des jeunes oubliés des politiques publiques : La fondation Brageac et l'association Chemins d’avenirs
Isabelle Bouzoud, présidente de la fondation Brageac : « Chemins d’avenirs aide les jeunes de ″la France périphérique″ : des petites villes et campagnes souvent hors du champ des politiques publiques ; les habitants ont des difficultés de mobilité, d’accès à la culture et un sentiment d’abandon, d’où un risque pour la démocratie. Les jeunes de ces régions intériorisent une incapacité. Les collégiens et lycéens soutenus par Chemins d’avenirs sont sélectionnés sur leur motivation ; un parrain accompagne chacun pour définir son projet puis le suit pendant 18 mois. Un comité scientifique évalue le programme, dont l’ambition est de couvrir tout le territoire. »
Les écoles innovantes en France : état des lieux 
Par Laurent Dupuis, Délégué général de la fondation Potentiels et Talents
L’innovation existe partout dans l’enseignement :

Quelles innovations rassemblent les acteurs de la « transition éducative » ?

  • Des classes multiages et multiniveaux, des pédagogies et parcours personnalisés.
  • L’accent mis sur les « soft skills » : collaboration, entraide dans les activités scolaires et autres…
  • L’interdisciplinarité, le mode projet, le sens et les représentations des enfants au cœur des apprentissages (cartes heuristiques…)
    • Créativité,
    • expression artistique,
    • multilinguisme.
  • L’implication continue des parents.
  • L’équipe « d’enseignants chercheurs » au service d’une organisation apprenante.
  • L’apport d’un regard extérieur
    • par des réseaux de partenaires aidants,
    • par l’ouverture des écoles aux chercheurs.

La « transition éducative » est en marche. Les entreprises, les collectivités territoriales, les fonds et fondations peuvent jouer un rôle clé dans l’amorçage et le déploiement, tant au niveau des écoles prises isolément que des organisations les fédérant, à l’image de la FETE.

Des écoles innovantes soutenues par les membres d’Un Esprit de Famille 
0 % d’absentéisme en classe : le fonds La Valinière et le Cours Frédéric Ozanam à Marseille
Le Cours Frédéric Ozanam (Marseille), école « Espérance Banlieues » à petits effectifs par classe, s’adresse à des élèves en risque de décrochage scolaire dont les parents sont désireux de s’investir dans la réussite de leurs enfants. Bénéficiaires : du CP à la 3ème. 

Manuela d’Halloy, fonds de dotation La Valinière : « 30 % des élèves du Cours Frédéric Ozanam ont des retards scolaires très significatifs, 20 % ont des difficultés de comportement. Une classe compte 5 à 10 élèves, avec une pédagogie sur mesure pour chacun. L’apprentissage est permanent, soutenu par des intervenants externes et des activités périscolaires, en lien avec les parents. On note 0 % d’absentéisme chez les élèves, qui progressent considérablement. »

Des jeunes à haut potentiel en échec scolaire : le fonds Après Demain et l’association Arborescences
Arborescences est un réseau d’écoles qui se donne pour mission d’épanouir des enfants à haut potentiel, grâce à une pédagogie qui prend en compte leur particularité. Bénéficiaires : enfants de 5 à 12 ans.

Alexia Maury-Segard, déléguée générale du fonds Après Demain : « Les 2/3 des 15 000 enfants à haut potentiel, souvent associé à l’hyperactivité, sont en échec scolaire. Arborescences intervient en primaire, ensuite les enfants réintègrent le système conventionnel. Arborescences gère 3 écoles pilotes avec une pédagogie innovante, qui mise sur la coconstruction des savoirs avec les adultes. Le fonds Après Demain soutient les personnes en situation de solitude : les enfants à haut potentiel et leurs parents sont très isolés. »

Recherche et expérimentation pédagogique : la fondation Potentiels et Talents et la Lab School
La Lab School (Paris) est une école « adaptée au XXIè siècle », innovante, bilingue, solidaire, laïque, numérique et éco-responsable, qui vise la créativité et le plaisir d’apprendre des enfants. Bénéficiaires : du CE2 au CM2.

Brigitte de Compreignac, présidente de la fondation Potentiels & Talents : « La Lab School est construite sur 5 principes clés : le bien-être de tous (élèves, enseignants et parents) ; une pédagogie qui favorise la créativité, le sens et le désir d’apprendre ; la recherche : la pédagogie est sans cesse en questionnement ; la formation pour les enseignants let les parents ; l’ouverture sur le monde. »

Des clés pour repenser l’école en France 
  1. Faire vivre des réseaux d’écoles pour partager les expériences et diffuser les apprentissages.
  2. Dépasser les lignes de fracture et d’opposition entre écoles publiques, privées sous contrat et hors contrat : rassembler les forces vives qui montrent le chemin de l’innovation en favorisant la coopération des réseaux.
  3. Plusieurs niveaux d’action sont nécessaires pour faire bouger les lignes :
  •        les actions palliatives, pour agir là où il y a urgence, notamment dans les collèges et les lycées ;
  •        l’expérimentation, pour tester l’efficacité des innovations,
  •        l’évaluation pour influer sur les politiques publiques, faire évoluer les consciences et les fonctionnements.

LA PHILANTHROPIE FAMILIALE
DANS LES MEDIAS

  • Dans l’émission Philanthropia du 18 mai 2017, Crama et Florian du Boÿs racontent l’histoire et présentent les projets du fonds de dotation et de la fondation Impala Avenir qu’ils ont créés : actions en Afrique et en Haïti, microfinance en Guinée et les « Plombiers du numérique », projet de formation en France des jeunes déscolarisés dans le monde porteur du numérique. Ecoutez le podcast.
  • Sabine Roux de Bézieux, présidente d’Un Esprit de Famille, présente la fondation familiale Araok dans l’émission
    Philanthropia sur Radio-Notre-Dame, le 16 décembre 2016 : le podcast.
  • Philanthropie, une passion française, par Marie de Greef-Madelin, Valeurs actuelles du 15 septembre 2016 :
    générosité, dons valeurs-actuelles61records, multiplication des fondations, mobilisation des entreprises… Au-delà de la fiscalité, les Français ont tout à gagner
    à plus de prodigalité.
  • Philanthropes : la nouvelle vague, le Monde du 14 juin 2016 : une jeune génération de mécènes émerge en Francelogo-le-monde
    et s’empare de missions d’intérêt général sous le regard bienveillant de l’Etat. Leur approche entrepreneuriale de la générosité fait débat.
  • le-figaro-logoDes philanthropes passent une soirée sous les ponts, le Figaro du 1er juin 2016. La fondation Financière de l’Echiquier a organisé sa soirée annuelle caritative au Faust, sous le pont Alexandre III, sur le thème de l’aide aux SDF et aux personnes en grande précarité. 60 000 euros ont été récoltés pour des associations qui les aident à se réinsérer dans la société.
  • Lancement d’Un Esprit de Famille, Le monde des fondations, 19/09/2013
    Le mercredi 18 septembre, la soirée de lancement d’Un Esprit de Famille a réuni une cinquantaine de fondations familiales, accueillies à la fondation Hippocrène par sa présidente, Michèle Guyot Roze. Fondateurs, descendants de fondateurs ou managers de fondation, les participants ont en commun le souhait de partager, amplifier et faire connaître la démarche philanthropique menée par les familles pour l’intérêt général. Sabine Roux de Bézieux et René de La Serre, présidente et vice-président d’Un Esprit de Famille ont souligné le dynamisme de la philanthropie privée à la française, et encouragé chacun à contribuer à son développement et sa professionnalisation.
  • La philanthropie familiale en France, Anne-Claire Pache et Arnaud Gautier, Revue des Deux mondes, janvier 2012
    Anne Claire Pache et Arnaud Gautier décrivent la réalité de la philanthropie familiale en France. Cet article s’appuie sur le travail de la chaire philanthropie de l’ESSEC, à l’instigation d’Un Esprit de Famille.
  • La place du mécénat dans les institutions publiques : quelles contreparties ?  (Mars 2011)
    Table ronde animée par Joséphine de Bodinat Moreno, Fondation Grésigny, et Sabine Roux de Bézieux, Fondation ARAOK
    Béatrice de Durfort, Déléguée générale, Centre français des Fondations
    Bénédicte Menanteau, Déléguée générale, Admical
    Robert Fohr, Responsable de la mission mécénat, Ministère de la Culture et de la communication
    Yannick Blanc, Consultant, ancien responsable des Fondations au Ministère de l’Intérieur

3 lauréats pour les Prix de la Solidarité de Proximité de la fondation Feuilhade

La solidarité de proximité avec les réfugiés : tel était le thème retenu par la fondation Feuilhade, membre d’Un Esprit de Famille, pour ses Prix 2017, remis comme chaque année en décembre. 

Les prix ont couronné des associations qui répondent à cette problématique : que faire face à l’afflux de migrants chassés de leurs pays par la guerre ou la misère ?

  • Le Prix de la Solidarité de Proximité 2017 est attribué à l’association Ticket d’Entrée pour son action « Ensemble, parcourons la culture » : Ticket d’Entrée accompagne des groupes de réfugiés en apprentissage du français à la découverte de la culture française. En 2016/2017, 3 groupes différents ont été accompagnés au Louvre, au Musée d’Orsay et au Centre Pompidou. Les groupes se sont également rendus à un match de rugby, à un spectacle de hip-hop à La Villette puis à la Tour Eiffel. A la sortie de chaque événement, Ticket d’Entrée suscite l’échange et la parole.
  • Le Premier Prix Coup de Cœur de la Fondation est attribué à l’association KODIKO pour son action de parrainage de réfugiés par des salariés d’entreprise : l’association propose aux personnes bénéficiaires un accompagnement collectif et individualisé, sur une période de 6 mois, renouvelable une fois. Cet accompagnement prend la forme d’ateliers d’aide à la recherche d’emploi et  d’un travail en binôme avec un professionnel volontaire dans une entreprise partenaire.
  • Le Second Prix Coup de Cœur de la Fondation est attribué à l’association Français langue  d’accueil  pour ses actions d’apprentissage de langue française et la création de lien social à travers des activités culturelles : l’atelier cuisine, les ateliers théâtre et la chorale. Ces activités permettent aux réfugiés de nouer un lien social avec la population locale.

En 2018 seront récompensées des actions de solidarité de proximité s’appuyant sur le numérique dans 3 domaines : 

  • la lutte contre l’isolement,
  • l’échange de savoirs,
  • l’échange de services.

Rendez-vous en décembre 2018 ! Pour postuler aux Prix ou soutenir la fondation Feuilhade pour la solidarité de proximité : solidaritedeproximite.org

 

https://www.youtube.com/watch?v=cZDa8nSO1H4&feature=youtu.be

Prix de la Philanthropie pour la fondation Financière de l’Échiquier

Option Finance et Funds, en partenariat avec Deloitte et State Street ont remis pour la première fois leur Prix de la Philanthropie, décerné à une société de gestion pour ses activités philanthropiques. 

Les sociétés de gestion  sont  appréciées par le jury sur la base de l’effort financier consenti, de l’accompagnement des projets et de l’implication des salariés.

« La philanthropie fait partie de la finance et de nos gènes, explique Didier le Menestrel, fondateur et président de la Financière de l’Echiquier. La bonne santé de La Financière de l’Echiquier laisse de la place à un projet philanthropique. La création de la Fondation nous a permis de structurer notre démarche spontanée… (…) Le lancement de la première Maison des jeunes talents, notre projet « maison » qui accueille des élèves issus de milieux modestes en classes préparatoires aux grandes écoles à Paris, nous a permis d’intéresser nos collaborateurs grâce à un système de parrainage… »

« Ce prix couronne l’engagement des dirigeants de l’entreprise, mais aussi celui des collaborateurs, ajoute Bénédicte Gueugnier, directrice d la fondation Financière de l’Echiquier. Il donne également une certaine visibilité dans le monde de la finance. Le modèle économique de La Financière de l’Echiquier est pérenne, ce qui a permis de stabiliser un projet extra-professionnel et d’embarquer les collaborateurs de La Financière de l’Echiquier dans le monde associatif, un autre monde pour eux. (…) Mon souhait est de faire grandir les Maisons des jeunes talents. Grâce à l’appui de donateurs extérieurs, nous aimerions doubler le nombre de bénéficiaires, sachant que l’accueil d’un étudiant représente un budget annuel de 14 000 euros. »

Quelles alternatives pour éviter la prison ?
Comment aider les détenus à préparer et réussir leur réinsertion ?

En France, 80 000 personnes sortent de prison chaque année. Trois sur cinq vont y retourner. Pour enrayer ce fléau social, des associations se mobilisent. Le 14 novembre, quatre d’entre elles ont présenté leurs projets aux membres d’Un Esprit de Famille. Découvrez leur vision, leurs actions, leurs innovations pour réinsérer d’anciens détenus. 

Les associations présentes analysent les facteurs clés de la réinsertion : formation professionnelle des personnes en détention, accompagnement à la sortie de prison (social, psychologique, logement, emploi, citoyenneté, santé…) Avec un prérequis : que les personnes commencent par s’estimer elles-mêmes avant de construire leur avenir.

Les enjeux des populations carcérales sont méconnus et font l’objet de peurs dans la société. Le danger serait alors l’indifférence ou le découragement : pas pour ces acteurs engagés que nous avons rencontrés.

Ludovic Dardenne, directeur de Permis de Construire

Depuis 8 ans, Permis de Construire accompagne dans la région nantaise les personnes placées ou passées sous main de justice les plus vulnérables, soit avec des problématiques multiples d’addictions, d’isolement, de précarité sociale et matérielle, de difficultés éducatives, de fragilités psychologiques et professionnelles. Elles sont des personnes « sans » : sans emploi, sans logement, sans entourage, sans mobilité, sans projet.  Les personnes sous main de justice sont exclues, au mieux assistées. Nous prenons le contre-pied de cette tendance en les plaçant en responsabilité et au cœur de leur propre projet de vie.

Car malgré leur trajectoire chaotique, beaucoup sont très motivés pour retrouver sens et responsabilité dans leur vie : c’est la condition sine qua non pour être accompagnés par Permis de Construire. Nous les appelons les « pilotes » : nous les aidons mais ils sont responsables de leurs choix. Notre parcours  » Se bâtir, ensemble » amène chaque pilote à réaliser son propre projet de vie. Il s’appuie sur un modèle et une méthode immuables mais chacun progresse à son rythme.

  • Le modèle des 4 piliers aborde tous les aspects de la réinsertion :
    • bien-vivre : accès au logement, à la culture, connaissance des droits et devoirs des citoyens…
    • bien-être psychologique : la découverte de soi, la gestion des émotions…
    • bien-être corporel :  hygiène de vie, activités physiques…
    • bien-faire : orientation professionnelle, moyens de communication…
  • La méthode ADVP (Activation du développement vocationnel et personnel) aboutit à développer un projet de vie épanouissant.

400 personnes ont été accompagnées par Permis de Construire depuis 8 ans.
93 personnes ont été accompagnées en 2016. Pour près de 60 % d’entre elles, la sortie a été positive : retour à l’emploi, à un logement pérenne, acquisition de confiance en soi, apaisement personnel et relationnel. Le taux de récidive est de moins de 5 %. Le coût d’accompagnement annuel d’un pilote s’élève à 1 500 €.

Nous menons actuellement une analyse stratégique et d’évaluation de nos actions grâce à une convention avec l’université de Nantes. En 2018, nous voulons essaimer dans d’autres juridictions (Rennes, Saint-Nazaire, Lorient), professionnaliser notre formation et communiquer auprès des publics qui ne connaissent pas notre existence.

Brieuc Le Bars, cofondateur de Code Phenix

Le secteur du numérique fait face à une pénurie durable de développeurs web : 11 offres d’emplois en moyenne par candidat. En 2020 en France, entre 50 et 130 000 postes ne seront pas pourvus (l’écart est fonction des projections de croissance). L’école Simplon.co propose déjà des formations de développement web gratuites pour des publics défavorisés : le taux de sortie positive s’élève à 76 %.

La pénurie est identique aux Etats-Unis. Depuis 4 ans, TheLastMile déploie aux Etats-Unis une formation de développement web dans les prisons qui connaît un immense succès : 0 % de récidive, 0 % de chômage et un salaire moyen mensuel de 4000 $.

Code Phenix veut répliquer ce succès en France en proposant un parcours basé sur cette opportunité de réinsertion vers l’emploi. Le projet pilote pour 8 détenus est en cours de construction :

  1. phase de formation de 6 mois en développement web/app, assurée par des développeurs aguerris.
  2. Phase d’application de 3 mois : les personnes formées réalisent des missions pour des entreprises. Ainsi elles se constituent un portefeuille de projets et la rémunération, partagée avec Code Phenix pour assurer sa croissance, leur permet l’appréhender plus sereinement leur sortie de prison.
  3. Accompagnement à l’emploi : Code Phenix s’engage à suivre les détenus, à les mettre en relation avec des entreprises partenaires  et des associations spécialisées dans la réinsertion.

L’administration pénitentiaire nous soutient activement et des écoles de développement web nous aident à construire la formation. Nous projetons de lancer le programme pilote à l’hiver hiver 2018. Son coût est de 57 000 € pour couvrir les besoins matériels (ordinateurs…), les frais de déplacement et la rémunération des professeurs. L’objectif à terme est de nous autofinancer grâce aux missions réalisées.

Le coût réel de la récidive après une peine de prison ferme s’élève 47 000 € pour l’Etat. Grâce à ce programme, la société peut économiser des sommes considérables et les détenus sortir du cercle vicieux de la récidive.

Clotilde Gilbert, fondatrice et directrice de Wake up Café

Aumônier de prison pendant 8 ans, j’ai créé Wake up Café en 2014. Mon expérience m’a fait réaliser qu’il y a beaucoup à faire pour réinsérer les anciens détenus dans la société et éviter ainsi 65 % de récidive dans les 5 ans.

Nous travaillons en amont avec les magistrats pour préparer la sortie des détenus et en partenariat avec des associations qui aident à la réinsertion. Le critère pour être accompagné par Wake up Café : une vraie envie de changer de chemin, la capacité d’entrer dans une relation de confiance mutuelle avec nous.

Au-delà de la formation professionnelle et de l’aide administrative, nous essayons de proposer un cadre chaleureux et accueillant pour lutter contre la solitude dont témoignent beaucoup d’anciens détenus. Dans nos locaux sur une péniche, nous organisons par exemple 2 rencontres en groupe par mois, animées par un professionnel de l’équipe et un ancien détenu ; les « wakers » y découvrent ensemble le respect et l’absence de jugement, le soutien et l’entraide de ceux qui ont vécu la même chose qu’eux et s’en sont sortis malgré les difficultés rencontrées.

En prison, nous proposons des ateliers artistiques, par lesquels Marcel, notamment, s’est découvert un vrai talent pour le dessin. Notre premier événement, il y a 2 ans, fut la vente aux enchères de ses toiles, pour montrer ce dont sont capables des personnes incarcérées. Notre mission est de changer notre regard, le regard de la société sur les sortants de prison. Ils ont payé leur dette et si la société ne leur donne pas leur chance de trouver une place utile, ils récidiveront.

Actuellement, nous lançons une formation qualifiante en cuisine avec Cuisine mode d’emploi(s), créé par Thierry Marx, à la maison d’arrêt de Fleury pour 18 hommes et 12 femmes, avec un accompagnement Wake up Café. Les personnes formées seront également suivies après leur sortie.

Paul Dall'Acqua, directeur de Seuil

Seuil aide des mineurs en prison à se réinsérer dans la société par la marche : la reconnexion avec la nature est un moyen de se retrouver soi-même. Chaque jeune parcourt 2000 km en 3 mois de marche individuelle, seul avec un accompagnant.

Seuil mise sur la rupture sociale, culturelle, linguistique : le jeunes marchent sur les chemins de Compostelle, en Espagne et en Italie. Ils partent sans téléphone, sans musique, avec un sac à dos d’une douzaine de kilos. Les éloigner de leur environnement habituel les conduit à réfléchir, au cours de cette marche de long terme qu’on peut qualifier d’introspective. La difficulté est moins physique qu’émotionnelle, mentale et le travail réflexif se fait nécessairement, presque à leur insu… 100 000 personnes par an parcourent les Chemins de Compostelle, de Roncevaux au Cap Finisterre. Elles sont toutes bienveillantes vis-à-vis de ces mineurs : ils emmagasinent ainsi un capital de confiance extraordinaire, sans jugement de la part des adultes. Une fête est organisée à leur retour : ils sont fiers de cet exploit et leur famille aussi. Bien sûr, ils continuent être suivis par Seuil à leur retour.

Actuellement, près de 800 mineurs sont incarcérés en France dans 6 prisons spécialisées, plus les quartiers mineurs des maisons d’arrêt. Les jeunes peuvent être incarcérés à partir de 13 ans. Habilité par le ministère de la Justice, Seuil les reçoit dans le cadre d’une alternative à l’incarcération ou d’un aménagement de peine.

35 jeunes par an partent depuis 2008, dont 1/3 de filles, moins nombreuses en prison que les garçons. Une étude du cabinet ProEthique montre que 85 % des jeunes qui sortent de prison récidivent dans l’année qui suit, alors que 95 % des jeunes ayant accompli une marche reviennent sereins et porteurs d’un projet. Inspirées par Seuil, des associations pratiquant des marches éducatives ont vu le jour en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Corée du Sud. Le 21 septembre, un colloque européen s’est tenu Paris sur le thème des marches éducatives comme levier de réinsertion.

Ecoutez le témoignage de Samuel, parti en 2013 vers Compostelle.
Samuel a aujourd’hui 21 ans, il est devenu chasseur alpin.

 

 

3 clés pour aider les sortants de prison
à se réinsérer dans la société

  1. Informer, sensibiliser pour changer le regard de la société sur les gens sortant de prison est la première étape. Le grand public ne connaît pas leur réalité et l’imaginaire, les idées reçues l’emportent souvent.
  2. Des grandes groupes acceptent désormais d’embaucher des personnes sortant de prison, leur immersion dans les entreprises fait évoluer le regard posé sur elles. Certains employeurs réalisent des entretiens d’embauche en prison.
  3. Les actions des associations sont complémentaires de celles des pouvoirs publics, sensibles à éviter la récidive. Ensemble, associations et pouvoirs publics peuvent construire des solutions alternatives, dans une dynamique de partenariat. 

    L’École des Plombiers du Numérique forme des jeunes sans diplôme

    Le fonds de dotation Impala Avenir, l’Ecole de la Deuxième chance et la FIRIP lancent « l’Ecole des Plombiers du Numérique », formation aux métiers opérationnels du numérique. La première promotion de 15 jeunes a commencé
    en septembre.

     

    Impala Avenir et l’Ecole de la Deuxième Chance de Seine-et-Marne (E2C 77) ont signé une convention pour lancer trois cursus de formations passerelles aux métiers du numérique à destination de jeunes déscolarisés de 17 à 25 ans. Ils se sont associés avec la FIRIP (Fédération des Industries des Réseaux d’Initiative Publique) pour construire un cursus pédagogique spécialisé dans les métiers du déploiement de la fibre optique.

    D’une durée d’environ trois mois, chaque module donne aux jeunes les bases du métier de technicien dans le cadre d’un programme mêlant formation pratique et alternance en entreprise.

    Soutenu financièrement par Impala Avenir et des entreprises mécènes, le projet vise une entrée rapide des jeunes sur le marché du travail, en éprouvant un modèle pédagogique novateur défini en amont par le besoin des entreprises du numérique.

    « Des modules courts et parfaitement documentés nous permettent de mettre sur le marché du travail 75 jeunes par an en période de croisière sur notre établissement de Chelles », précise Charles Henri Gros, directeur de l’E2C 77. 

    Etienne Dugas, Président de la FIRIP ajoute : « L’ensemble de nos entreprises adhérentes ont de grandes difficultés à recruter des professionnels du déploiement optique pour répondre aux objectifs assignés par le projet France Très Haut Débit. La FIRIP soutient ce projet d’insertion de jeunes adultes déscolarisés, pensé dès le départ pour être répliqué dans tous les départements investissant dans des programmes de haut débit. »

    Les autres modules professionnels « Rack et câblage en datacenter » et « Administration réseau simple » seront conjointement lancés en fin d’année sur le même modèle : formations passerelles, réplicables, destinées à ouvrir le domaine des infrastructures réseaux aux jeunes en recherche d’emploi. « Nous souhaitons montrer aux jeunes que le développement du numérique est source d’opportunités professionnelles pour eux. L’ambition d’Impala Avenir en France est de créer des passerelles entre les acteurs de l’insertion professionnelle et le secteur du numérique » conclut Florian du Boÿs, Directeur Général du fond de dotation Impala Avenir.

    Lisez l’article paru dans Le Parisien sur le lancement de l’Ecole des Plombiers du Numérique

    Le site Internet de l’association de l’Ecole des Plombiers du Numérique 

    Transposition du dispositif de l’ISF-dons et abandon de l’ISF-PME

    A l’issue des discussions menées par le CFF avec les services de Matignon et de Bercy, le ministre de l’Économie et des Finances confirme, dans un entretien accordé au journal Les Echos, le maintien de l’ISF-dons et l’abandon de l’ISF-PME dans le cadre de la future réforme de l’ISF.

    Bruno Le Maire justifie cette décision par le fait que les PME « vont largement bénéficier de la libération et de la réorientation de l’épargne vers l’économie productive générée par notre réforme fiscale ». Pour rappel, cette réforme fiscale prévoit notamment de créer une flat tax de 30 % sur les revenus du capital et de transformer l’impôt sur la fortune (ISF) en un impôt sur la fortune immobilière (IFI), excluant ainsi les valeurs mobilières de l’assiette de l’impôt. Ces deux nouvelles mesures visent à encourager l’investissement dans les entreprises françaises et auraient été redondantes avec un report de l’ISF-PME sur un IFI-PME, qui permet aujourd’hui au contribuable de réduire du montant de l’ISF 50 % des sommes investies dans des PME, dans la limite de 45 000 euros.

    Le dispositif de l’ISF-dons, qui permet quant à lui au contribuable de réduire de son ISF 75 % des sommes versées à des organismes éligibles (dans la limite de 50 000 euros) avait généré, en 2016, 250 millions d’euros de dons. Le futur IFI revenant à supprimer environ 50 % de l’assiette de l’ISF et les profils différant entre les deux catégories d’assujettis, le CFF avait alerté les pouvoirs publics d’une perte potentielle de 150 millions d’euros de dons pour le secteur des fondations.

    L’annonce faite par Bruno Le Maire de la volonté du gouvernement de ne pas reporter l’ISF-PME (qui représentait 516 millions d’euros investis en 2016) sur un IFI-PME pourrait donc compenser cette perte, en faisant de l’IFI-dons l’unique dispositif de réduction du futur IFI. Encore faut-il qu’elle soit suivie par le Parlement car, ainsi que le relève le ministre de l’Économie et des Finances dans l’entretien accordé aux Echos, « les choses peuvent encore évoluer durant le débat parlementaire de l’automne ». Il convient par conséquent de rester vigilant sur la question, tout en poursuivant notre réflexion sur les alternatives au manque à gagner prévu par le passage de l’ISF à l’IFI.

    Lisez l’article dans Les Echos 

    Soirée de rentrée Un Esprit de Famille 2017

    Une centaine de personnes, membres d’Un Esprit de Famille et leurs invités, ont fêté la philanthropie familiale et d’initiative privée le 19 septembre. 
    Jacques Attali, président de la fondation Positive Planet, était l’invité d’honneur de cette soirée inspirée des valeurs olympiques, après la récente annonce des Jeux à Paris en 2024 : persévérance, solidarité, partage, plaisir et participation. Téléchargez la présentation des activités d’Un Esprit de Famille en 2016/2017   

    Quelle place pour la philanthropie individuelle et familiale
    dans le développement de projets sociaux et culturels en France ?

    Le 30 mai 2017 est intervenu sur ce thème Jean-Paul Delevoye, ancien ministre, ancien président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), président de la commission des investitures aux élections législatives pour la République En Marche. Il a répondu aux questions des membres d’Un Esprit de Famille et des invités du fonds de dotation Entreprendre&+.
    Arnaud de Ménibus, président fondateur d’Entreprendre&+ : à travers les différentes responsabilités que vous avez exercées, vous avez pu observer les tendances longues de la société française au cours des 20 dernières années. Pouvez-vous nous retracer les principales évolutions que vous avez constatées et comment vous les projetez dans l’avenir ? Que peuvent faire les citoyens engagés que nous sommes pour accompagner ces évolutions ?
    Jean-Paul Delevoye : nous vivons actuellement une révolution culturelle à laquelle nous ne sommes pas préparés...
    En premier lieu, nous assistons à l’éclatement des blocs politiques car les hommes et femmes des partis ne s’entendaient par sur un projet mais sur un concept du pouvoir. La France est un pays de la jouissance du pouvoir, non de l’exercice du pouvoir. Des éruptions citoyennes ont fragmenté cette logique des blocs. La nécessaire adhésion du citoyen a remplacé l’obéissance du citoyen à L’Etat. A mon sens, la nation est plus importante que l’Etat, qui n’est qu’une prestation de services.

    La liberté individuelle est en marche partout dans le monde. L’individu doit construire lui-même sa propre croyance mais il n’a pas été formé à cela. Nous étions dans une forme d’l’insouciance collective jusqu’aux années 1986-87 car nous n’avions pas besoin de nous remettre en cause : chacun était assez stable dans ses convictions politiques, dans son travail, dans sa vie affective… Les croyances se transmettaient de génération en génération. Elles ont explosé sous le choc des réalités mais certaines se sont radicalisées. Nous sommes dans un moment crucial de radicalisation des positions, révélatrice d’une fragilité à ne pas pouvoir se remettre en question. La lutte des identités remplace la lutte des classes, la concurrence des territoires renforce l’esprit nationaliste, le vieillissement de la population crée une fragmentation d’intérêts démographiques. Les conflits d’intérêts générationnels, identitaires, territoriaux risquent de l’emporter. La mondialisation abat toutes les frontières économiques pour voir émerger des murs derrière lesquels se replier.

    Les philanthropes ont un rôle essentiel à jouer dans ces moments. Il faut que vous mettiez en avant les causes que vous défendez. Pourquoi ? De Gaulle nous alertait déjà : quand on demande au peuple de défendre des causes, il se transforme. Quand on le laisse sur la défense de ses intérêts, il se déchire. Nous sommes dans un moment où le monde se déchire sur des intérêts. La défense des causes donne du sens. La vraie bataille est : quel est le sens collectif aujourd’hui qui rassemble les individus ? On ne peut pas construire un avenir commun sans avoir le sens de l’autre. Comment gérer les plus faibles qui fragilisent la société ? Nous avions pensé que la technologie et le progrès pouvaient tout régler, tout permettre. Mais la conscience de la fragilité est brutalement réapparue, liée à la fragilité de l’humain, d’un emploi, de l’environnement…

    Actuellement, la vraie puissance du monde est à ceux qui détiennent les banques de données et qui vont influencer le comportement des individus. L’homme moderne sera-t-il un esclave qui s’enchaînera de façon volontaire ? Comment permettre à nos enfants, aux adultes de prendre le temps nécessaire de se construire des convictions, de faire des choix directement liés à leur liberté ?

    Pour mettre en œuvre des solutions, l’Etat n’a pas votre souplesse, votre capacité d’emprunter des chemins d’innovation. Le monde est instable : il faut accompagner les gens dans cette période d’incertitude, ce que le service public ne sait pas faire. Nous avons besoin de réveiller les consciences pour que les citoyens ne deviennent pas des esclaves modernes d’émotions médiatiques fabriquées par d’autres. Il faut des espaces de dialogue, d’échange où le temps s’arrête, où surgit la capacité d’agir ensemble pour des causes qui nous transcendent et nous embellissent.

    Arnaud de Ménibus : comment mobiliser l’engagement citoyen et créer un projet pour la société, comment pouvons-nous y contribuer ?
    J.-P. Delevoye : je crois aux actions de caractère local, expérimental...
    Les solutions ne sont pas les mêmes au nord et au sud du pays. Or la France est un pays d’ingénieurs où on veut placer les gens dans une norme. Il faut travailler sur la notion de prise de risque, de droit à l’erreur dans la fonction publique. Nous allons passer de la contrainte au contrat avec des objectifs. Vous avez des réflexions permanentes sur les causes que vous voulez défendre et les objectifs que vous voulez atteindre.

    Je connais le choc de la confrontation entre un système politico-administratif qui veut imposer sa réalité et l’innovation qui vient du terrain et cherche à renverser les certitudes. Quand les gens se trouvent dans un environnement constructif, leur comportement se transforme. Vous contribuez à transformer l’environnement social qui transforme le comportement des gens.

    Isabelle Bouzoud, fondation Brageac Solidarité : comment des projets que nous expérimentons et qui réussissent pourraient-ils être étendus dans l’espace public ? Actuellement, ces projets n’entrent dans aucune « case »…
    J.-P. Delevoye : quand vous obtenez un résultat par un chemin différent, vous contestez le système, vous lui échappez en le mettant en situation d’échec...
    Une fondation a expérimenté le maintien de la cellule familiale, même si l’un des parents était alcoolique ou drogué : les effets ont été extrêmement positifs sur le comportement des enfants, avec une diminution des violences à l’école. Mais étendre ce projet en s’appuyant sur les Caisses d’Allocations Familiales a été impossible. Nous réfléchissons à la création de fonds d’amorçage sur le droit à l’innovation dans la fonction publique. La contribution philanthropique n’est pas une concurrence de l’Etat mais un champ d’expérimentation qui permet au service public d’innover tout en faisant des économies. La comptabilité publique ne connaît par le retour sur investissement… Le coût social doit devenir une politique d’investissement social.

    Dans le traitement du handicap par exemple, on oublie l’enrichissement qu’apporte un handicap à la vie de la société. C’est un choc culturel. On ne comptabilise pas ce qu’apporte un enfant handicapé dans une classe « normale ». Dans le soins palliatifs, c’est à partir d’un noyau professionnel très fort que la valorisation du service se fait avec des bénévoles. Ce sont des combats où l’action publique et l’action philanthropique sont complémentaires.

    Elisabeth Terrien, fondation CAJJED : dans la société française on ne donne pas assez de place à l’apprentissage du don dans l’éducation dès le plus jeune âge. Comment mobiliser les jeunes pour qu’ils donnent du temps aux autres et que cela devienne normal ?
    J.-P. Delevoye : les notions d'empathie, d'altérité se construisent en effet dès l’école maternelle...
    Nous réfléchissons par ailleurs à un 14 juillet qui ne soit pas seulement militaire mais aussi citoyen, qui mette en avant des personnes actives dans la pacification sociale. Les gens ont besoin de se parler. Au-delà de la cohésion sociale, nous avons besoin de trouver la vitalité sociale. Il y a quelques jours s’est déroulée une initiative que je trouve extraordinaire, un concours d’éloquence en Seine Saint-Denis, pour révéler des talents grâce à la langue française.
    Blandine Mulliez, fondation Entreprendre : les fondations territoriales publiques recueillent des dons privés pour aider des territoires en finançant des projets de proximité. C’est un maillage entre privé et public. Qu’en pensez-vous et quelle potentialité ont-elles ?
    J.-P. Delevoye : l’OCDE a indiqué que le taux d’imposition des entreprises dans le monde est passé de 35 à 25 %...
    Donc les ressources publiques diminuent. Les relations entre les collectivités locales et l’Etat vont se traduire par des difficultés de ressources, moins d’argent et plus de besoins d’investissements.

    L’action publique voulait créer l’unité et la conformité et ne sait traiter que la masse. Aujourd’hui, il faut traiter les problèmes dans leur diversité. Il faut que l’autorité publique ait l’humilité de transférer et déléguer ce qu’elle ne sait pas faire. Vous êtes dans l’enthousiasme face à des partenaires publics qui sont dans l’angoisse de préserver leurs structures. Il faudrait des espaces où s’apprivoiser les uns les autres et bâtir des partenariats public-privé dans les sens des innovations sociales. Les philanthropes nous alertent sur des sujets que, personnellement, je connaissais très peu comme les violences psychiques, l’autisme, les problèmes des familles monoparentales…

    Déjà au Forum de Davos en 2014, la dislocation sociale était identifiée comme le plus important risque du monde actuel. Nous sommes entrés dans ce monde et vous apportez des réponses.

     

    Sabine Roux de Bézieux introduit les débats, aux côtés de Jean-Paul Delevoye et Arnaud de Ménibus