Sophie Cluzel : « Ce qui m’anime, c’est que l’on puisse regarder la personne en situation de handicap
avec une présomption de compétence sur ses choix de vie »

Visioconférence le 11 janvier 2021

Droits au logement, scolarisation en milieu ordinaire, l’emploi, la parentalité…  Sophie Cluzel, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée des Personnes handicapées, mène de front tous ces enjeux d’inclusion. La France progresse à grands pas pour que la personne en situation de handicap soit considérée comme un.e citoyen.ne à part entière et non plus seulement comme un sujet de soins.

J’ai quatre enfants dont la dernière est porteuse de trisomie 21 : c’est la source de mon engagement auprès des personnes en situation de handicap. Dans un premier temps, j’ai choisi de travailler dans des collectifs et fédérations d’associations d’aide aux personnes en situation de handicap car ensemble, nous sommes plus forts. Mon combat est l’accueil à la crèche du quartier, à l’école du quartier, à l’entreprise à côté de chez soi : c’est ainsi que nous faisons monter le degré d’acceptation de la différence.

La loi fondatrice sur la citoyenneté des personnes handicapées et l’égalité des chances date de 2005 : les personnes handicapées sont des citoyens à part entière et non plus des sujets de soins.

Je suis passée de la vie associative à la vie politique en rencontrant le candidat Emmanuel Macron, avec lequel je partage le même regard sur l’inclusion des personnes en situation de handicap : elles sont d’abord et avant tout des citoyens, avec des besoins spécifiques. Pendant des années, elles n’avaient pour seule solution que les établissements médico-sociaux. Depuis 1977, l’Italie a fermé ses établissements médico-sociaux et les enfants en situation de handicap sont scolarisés dans les écoles publiques. Même évolution en Espagne… La désinstitutionalisation a été un vrai mouvement dans les années 1980-90.

En France, par délégation de service public, les grandes associations ont pris soin des personnes en situation de handicap et les ont protégées mais nous n’avons pas encore totalement infléchi la bascule vers une complète diversité de choix de vie. Changement de paradigme politique, mon Secrétariat d’Etat est rattaché au Premier Ministre et non au ministère de la Santé : tous les ministères sont engagés dans cette politique publique des droits des personnes en situation de handicap.

Mère de quatre enfants, dont une fille trisomique, Sophie Cluzel s’engage en 1998 dans le militantisme associatif en faveur du handicap. Elle fonde et préside différentes associations de scolarisation d’enfants handicapés. Elle a été en particulier présidente de la FNASEPH (Fédération Nationale des Associations au Service des Élèves Présentant une Situation de Handicap).

Elle a été administratrice de l’UNAPEI (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) entre 2011 et 2013. A ce titre, en janvier 2012, elle organise le premier Grenelle de l’intégration des jeunes handicapés dans la société, où près de 50 associations locales ou nationales rédigent une plateforme de mesures qui sont transmises aux candidats à l’élection présidentielle.

Le 17 mai 2017, Sophie Cluzel a été nommée Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées.

Simplifier l’accès aux droits

Mon action est basée sur la simplification de l’accès aux droits, en coordination avec les départements qui sont chefs de file des politiques de solidarité : ils gèrent les guichets d’accès aux droits créés par la loi de 2005, les Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Les résultats sont très inéquitables sur le territoire. J’ai lancé une feuille de route et un baromètre en octobre 2020 qui visent à améliorer rapidement le service rendu aux personnes.

Depuis 2019, de nombreuses personnes handicapées bénéficient de l’octroi de droits à vie, sans obligation de les renouveler en déposant un dossier tous les 3 ans. A présent, les personnes handicapées majeures protégées sous tutelle ont le droit de voter, de se marier et se soigner, sans en référer au juge de tutelle. J’ai également affirmé le droit à la parentalité pour les personnes en situation de handicap avec une aide spécifique ouverte depuis le 1er janvier.

Sous l’égide du Président de la République, le 11 février 2019 s’est tenue la grande conférence nationale sur le handicap, priorité du quinquennat pour accompagner les personnes handicapées dans leurs choix de vie : habitat, scolarisation, travail.

Droit au logement : beaucoup de projets d’habitat inclusif

Les personnes en situation de handicap peuvent choisir entre l’habitat collectif et vivre seules. Un “entre-deux” émerge avec l’habitat inclusif : la colocation de 5 à 8 personnes avec un service d’accompagnement inconditionnel. C’est un apprentissage à l’autonomie, qui s’effectue au cœur des villes : un vrai sujet de transformation sociétale.

Scolariser en milieu ordinaire

L’école inclusive est en marche et nous devons encore avancer en ce qui concerne la pédagogie adaptée et les moyens humains déployés. Il faut ouvrir la porte aux orthophonistes, aux rééducateurs… Des maternelles accueillent des enfants autistes très encadrés, avec beaucoup de personnel médico-social en appui.

Nous sommes dans un temps de transformation : 80 000 enfants sont encore scolarisés dans les établissements médico-sociaux. L’Education Nationale a fait un bond en avant colossal mais il existe encore des réticences quand l’école se considère incompétente en raison du manque de formation sur la pédagogie adaptée.

La première classe d’Ile-de-France pour enfants polyhandicapés, qui sont les invisibles de la République, est ouverte depuis septembre 2020 dans un village des Yvelines. 6 enfants apprennent au milieu des autres.

Droit à l’emploi : accompagner pour rendre autonome

Emplois protégés, emplois dans les entreprises adaptées, emplois accompagnés en milieu ordinaire : en France, nous avons des dispositifs d’accompagnement très variés. Mais les personnes sont en permanence en rupture de parcours à cause du silotage des politiques publiques. En 2017, nous avons hérité d’un empilement de politiques très spécialisées, qu’il faut à présent simplifier pour sécuriser les parcours.

Un manifeste pour l’inclusion a été signé en 2019 par des entreprises du CAC40, qui s’engagent sur des objectifs très précis. Je crois qu’on ne progresse que sur ce qui se mesure : il faudrait disposer d’un baromètre de l’emploi pour connaître le taux d’emploi direct des personnes en situation de handicap dans les entreprises. Aujourd’hui, les personnes handicapées représentent seulement 3, 7 % des effectifs des entreprises privées ; les entreprises publiques atteignent presque le taux de 6 %.

Je suis favorable à l’accompagnement de l’entreprise plutôt qu’à de nouvelles mesures coercitives : mettre à disposition du matériel, comme des claviers en braille, développer le job coaching qui est gratuit pour les entreprises, améliorer le sourcing des personnes handicapées.

Le DuoDay est un vrai levier de changement de regard, qui lève également l’autocensure des personnes handicapées : une personne handicapée travaille avec une autre personne pendant une journée. Près  de 10 000 duos se sont constitués le 19 novembre 2020. Deux éditions auront lieu en 2021, en mai et en novembre.

Le monde du handicap a démontré une résilience très importante durant cette crise : la fabrication des masques a été lancée par les consortiums d’entreprises adaptées. Les personnes  en situation de handicap sont très volontaires et performantes sur les adaptations, contrairement aux idées reçues. Elles peuvent devenir autonomes parce que bien accompagnées. Ce qui m’anime, c’est que l’on puisse regarder la personne en situation de handicap avec une présomption de compétence sur ses choix de vie et sa volonté de vivre au milieu des autres, comme les autres.

 

Comment susciter l’engagement pour une société plus durable et inclusive ?

Dans un contexte de crise sanitaire, sociale et politique, 73 % des jeunes considèrent cependant que la vie qu’ils mènent correspond à leurs attentes et 74 % d’entre eux sont confiants dans leur propre avenir*. Beaucoup ont envie de s’engager pour transformer la société mais ils ont souvent besoin d’être accompagnés pour passer à l’action.
Trois associations ont présenté aux membres d’Un Esprit de Famille le 8 décembre 2020 leurs différents programmes et outils pour inciter les jeunes et moins jeunes à s’engager, pour que leur enthousiasme se transforme en projets concrets à impact social et/ou environnemental.

Baromètre annuel “Jeunesse&Confiance” publié par VersLeHaut, le think tank dédié aux jeunes et à l’éducation

Unis-Cité, pionnier du service civique

Marie Trellu-Kane, cofondatrice et présidente exécutive d’Unis-Cité : il manquait à l’éducation des jeunes une étape d’engagement citoyen sur le terrain ; une étape de rencontres et de brassage, qui toucherait idéalement toute une classe d’âge.

Des fonds privés ont permis le développement d’Unis-Cité. Nous avons mené des actions de plaidoyer pour convaincre les pouvoirs publics, avec des données sur l’impact à l’appui : les jeunes qui ont fait leur service civique rebondissent davantage et mieux dans le monde professionnel ; ils prennent confiance en eux ; certains expriment, que, pour la première fois, ils se sentent français. Le service civique bénéficie depuis 2010 d’un cadre législatif. L’indemnité (demi-SMIC) est prise en charge par l’Etat en grande partie.

Quel est le rôle d’Unis-Cité depuis que le service civique est un dispositif public ?

  1. Nous avons gardé notre modèle historique d’engagement sur 9 mois en équipe, avec une grande mixité sociale. Nos processus de recrutement misent sur la diversité, par exemple en incluant 6 % de jeunes en situation de handicap. Nous accueillons 5000 jeunes chaque année.
  2. Qu’est-ce que des jeunes non professionnels peuvent réaliser pour la société ? Nous expérimentons, nous avons un rôle de laboratoire de projets sociaux : éduquer aux écogestes, soulager des familles avec des enfants en situation de handicap, sortir de leur isolement des personnes âgées…
  3. Nous agissons pour le développement du service civique par du plaidoyer et en menant des actions de formation. Une classe d’âge ayant 800 000 jeunes, la marge de progression est importante !

Nous proposons aux jeunes de nombreux programmes. Par exemple, des jeunes présents depuis plus d’un an sur le territoire avec le statut de réfugié peuvent participer au programme VolontR, qui vise à accélérer l’intégration culturelle, sociale et professionnelle des jeunes réfugiés allophones de 18 à 25 ans, via une mission dans la mixité. 3000 jeunes refugiés dans les équipes profitent ainsi d’une intégration très forte et rapide.

Les jeunes peuvent bénéficier du programme Rêve et Réalise, mené en partenariat avec le fonds de dotation Entreprendre et + : ils imaginent eux-mêmes où ils veulent agir, ce qu’ils ont envie de changer. Leur projet peut devenir une entreprise sociale.

Enactus : innover et entreprendre en équipe au service de la société

Mélanie Sueur Sy, directrice générale d’Enactus et Benjamin Rolland, directeur d’Enactus Organisation.

Avoir 20 ans aujourd’hui, c’est souvent vivre dans un studio ou chez ses parents, galérer dans sa recherche de stage ou de premier emploi, étudier à distance, réduire sa vie sociale, ses activités sportives, renoncer à découvrir le monde… Pourtant, les jeunes veulent s’engager avec un sentiment d’urgence pour plus de justice sociale, pour la transition écologique… mais beaucoup ne le font pas, faute d’accompagnement. Nous essayons de donner à chacun confiance en sa capacité d’agir. Nous accompagnons des lycéens, des étudiants, des professionnels à passer à l’action, à développer leurs compétences pour innover et entreprendre au service de la société.

Créé aux Etats-Unis il y a 45 ans, Enactus accompagne chaque année 72 000 jeunes  dans 37 pays. Le parti pris d’Enactus est d’agir au sein des institutions, de faire évoluer les pratiques pédagogiques de l’intérieur.

  1. Enactus Lycéens : ce parcours est coconstruit avec l’Education nationale. 12 ateliers dans l’année sont organisés pour concevoir un projet à impact social et environnemental. Exemple : le lycée professionnel Camille Claudel à Mantes-la-Ville a mis en œuvre l’application Handiapp pour permettre à des personnes à mobilité réduite d’identifier et s’inscrire à des activités sportives adaptées. Les enseignants considèrent que le parcours d’Enactus a un impact très positif sur la scolarité des lycéens.
  2. Enactus étudiants: nous proposons un parcours de 10 mois personnalisé pour générer des projets qui ont un impact social ou environnemental. Ces jeunes développent confiance en eux et compétences professionnelles. Parfois, ils créent leur entreprise sociale : par exemple, Lunettes de ZAC recycle des lunettes usagées pour produire des lunettes à bas coût.
  3. Enactus Organisations vise les professionnels et organisations. Comment permettre aux collaborateurs d’une entreprise de s’engager dans une dynamique porteuse de sens ? Enactus outille également des organisations existantes par des formations de formateurs, la conception d’une semaine de sensibilisation à l’emploi social…

Nous sommes tous reliés par la même raison d’être et des convictions.

  • Passer à l’action: nous sommes des spécialistes de la pédagogie par l’expérience.
  • Entreprendre en équipe : nous privilégions une expérience collective et formons à la posture collaborative.
  • Lier et réconcilier l’économie et le social.
Makesense, fabrique de communautés citoyennes

Alizée Lozac’hmeur, co-fondatrice et directrice de Makesense : depuis 10 ans, Makesense propose des programmes de mobilisation collective et donne des outils pour que chacun.e s’engage au profit d’une société plus durable et inclusive. Nous nous adressons à trois publics :

  • les jeunes de 18 à 30 ans : 200 000 dans le monde ont déjà bénéficié de nos programmes,
  • les porteur.ses de projets à impact social et environnemental,
  • les collaborateur.trices qui souhaitent contribuer à la transformation de leur entreprise.

Je voudrais partager avec vous deux notions sur lesquelles nous travaillons beaucoup.

  • Le parcours d’engagement : chacun.e arrive chez Maksense avec une trajectoire et un niveau d’engagement différents. Nous lui apportons des outils et des expériences pour qu’il.elle passe des étapes : prendre conscience des problèmes, se sentir concerné.e, identifier des solutions concrètes, aider des porteur.ses de projets dans leur développement, mobiliser d’autres personnes autour de soi pour un effet “boule de neige”.
  • Des communautés dans une centaine de villes dans le monde organisent des événements, des ateliers, des programmes pour mobiliser des personnes. Le ciment est la communauté, les gens avec lesquels on a envie d’agir : Makesense est une fabrique de communautés citoyennes. Les différents programmes s’articulent autour des objectifs s’éveiller et se former, s’engager, soutenir des projets, se rassembler.

Nos trois enjeux aujourd’hui sont :

  • nous faire connaître pour mobiliser toujours plus de jeunes,
  • former des mobilisateurs pour accompagner toutes ces jeunes ;
  • digitaliser pour un parcours fluide ; notre vraie ambition est toujours le digital au service de la rencontre et de la création de communautés.

Adrien Taquet : « Je crois à un pacte pour l’enfance qui concerne chaque membre de la société »

Visioconférence avec les membres d’Un Esprit de Famille, le 30 novembre 2020

25 000 plaintes pour agression sexuelle sur mineur sont déclarées tous les ans, 5 % des jeunes bénéficiaires de l’Aide Sociale à L’Enfance suivent des études supérieures… Adrien Taquet affronte chaque jour ces réalités et veut faire bouger les lignes par des actions de prévention et de protection : soutien à la parentalité du quatrième mois de l’enfant jusqu’à 2 ans, 22 mesures de luttes contre les violences faites aux enfants, réorganisation de l’Aide Sociale à l’Enfance… Il est sur tous les fronts.

Actuellement en charge de l’enfance et des familles, j’ai toujours à cœur de mêler prévention et protection. La protection passe souvent par un meilleur accompagnement à la parentalité.

Les trois piliers de mon action sont

  1. la prévention : accompagner les 1000 premiers jours de l’enfant,
  2. la lutte contre les violences,
  3. notre système institutionnel de protection : l’aide sociale à l’enfance.

Je crois à un « pacte pour l’enfance » qui concerne chaque membre de la société, l’ensemble des acteurs, dont bien sûr les acteurs privés. Ensemble, nous mettrons en œuvre des solutions.

1. Accompagner les 1000 premiers jours de l’enfant

Nous avons l’ambition d’une politique de la toute petite enfance. Le concept des 1000 premiers jours existe depuis les années 1980 : les neurosciences ont montré que ce qui se passe durant ces 1000 jours a des répercussions toute la vie. Au cours de cette période se forgent les inégalités sociales, de santé, comportementales : il est évidemment préférable de lutter contre les inégalités au moment où elles se forment. Le Président de la République, très attentif à ce sujet, a réuni une commission autour du neuropsychiatre Boris Cyrulnik pour proposer des recommandations. Le rapport de la commission, finalisé en septembre dernier, préconise 4 champs d’action.

  • Développer des messages de santé publique : sur les dangers des écrans, les violences ordinaires… Des études montrent que les parents considèrent qu’il est de plus en plus difficile d’être parent ; ils ont besoin d’être accompagnés.
  • Généraliser l’entretien prénatal précoce : il ne concerne aujourd’hui que 28 % des grossesses.

Adrien Taquet est entré au gouvernement en 2019, après un parcours d’homme de communication. Directeur général d’Euro RSCG (2004-2007), puis directeur-associé chez Leg (2008-2012), il crée et dirige l’agence de publicité Jésus et Gabriel de 2013 à 2017.

Cofondateur d’En marche, il est élu député dans la deuxième circonscription des Hauts-de-Seine en 2017. A l’Assemblée nationale, membre de la commission des affaires sociales, il s’investit particulièrement sur les sujets sociaux, de santé et d’éducation, dans une optique permanente d’émancipation et d’inclusion. Il est nommé secrétaire d’État en charge de la Protection de l’Enfance auprès d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Le 26 juillet 2020, il est nommé secrétaire d’Etat en charge de l’Enfance et des Familles auprès d’Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé.

  • Bâtir un parcours d’accompagnement des parents, qui sera financé dès cette année. Il se déploie dès le quatrième mois de l’enfant, notamment par des visites à domicile post-partum. La dépression post-partum est un vrai sujet de santé publique. Des parcours spécifiques sont prévus pour les parents qui accueillent un enfant en situation de handicap, pour les parents handicapés, pour les enfants prématurés…
  • Permettre aux parents d’être présents : le temps du congé paternité a été doublé, avec une semaine obligatoire, mais il est encore mal vu. Il faut mener une réflexion globale sur les congés parentaux. Les entreprises qui proposent une politique familiale disposent d’un atout certains pour recruter les meilleurs talents.
2. Lutter contre les violences

Il faut s’attaquer urgemment à la question des violences faites aux enfants : 25 000 plaintes parviennent chaque année pour agression sexuelle sur mineur, un chiffre sûrement en dessous de la réalité. 700 000 enfants sont victimes de harcèlement scolaire tous les ans. 6 millions de Français ont été victimes d’inceste. Les violences sont perpétrées dans le cercle intrafamilial.

Il faut aussi savoir que la prostitution infantile explose en France, même dans des écoles huppées. L’acte sexuel est banalisé et dégradé par la pornographie trop facilement accessible.

Les entreprises privées sont réticentes à s’investir sur ces sujets, qui mettent à mal un fondement de notre société : la famille. Mais je crois au rôle de transformation exercé par le secteur privé. Un de mes enjeux est de faire de ce sujet un enjeu : c’est le plus difficile. Il faut que tout le monde s’en empare.

Une commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants, pour lever le tabou de l’inceste, sera opérationnelle prochainement.

Le 20 novembre dernier, à l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant ont été annoncées les 22 mesures du plan de lutte contre les violences faites aux enfants, dont :

  • renforcer la prévention des violences sexuelles à l’école,
  • expérimenter une ligne d’écoute pour les potentiels auteurs de violences identifiés,
  • durcir les peines contre la pédophilie…

3. L’Aide Sociale à l’Enfance

C’est une compétence départementale mais qui demande une coordination nationale pour être plus efficace. Une décentralisation excessive a nui à cette coordination entre les responsables des institutions. La création du Secrétariat d’Etat en charge de l’Enfance et des Familles prouve que l’Etat s’y investit à nouveau.

340 000 enfants bénéficient de l‘Aide Sociale à l’Enfance. La moitié des ces enfants reste dans sa famille, l’autre moitié est placée dans des foyers ou des familles d’accueil. Ces enfants ont de vraies difficultés dans leur scolarité : seulement 5 % d’entre eux suivent des études supérieures. Nous essayons d’améliorer cet état de fait. Nous avons notamment lancé un appel à projets pour mettre en place du soutien scolaire destiné aux enfants de l’ASE.

Le soutien des fondations familiales à des associations comme Les Apprentis d’Auteuil, La Voix De l’Enfant, L’Enfant Bleu ou à de plus petites structures spécialisées est essentiel pour faire avancer tous ces sujets.

L’Ilôt

La fondation Demeter soutient L’Îlot, association qui accueille, héberge et accompagne vers la réinsertion des personnes en grande détresse.

Les bénéficiaires sont des personnes qui font ou ont fait l’objet d’une peine de justice, des sortants de prison ou des personnes qui bénéficient d’un aménagement de peine.

Mission : leur permettre de retrouver un statut de citoyen et de membre du corps social, notamment par l’accès au logement et à l’emploi.

Intervention :

  • hébergement,
  • accompagnement des personnes dans leur démarche personnelle et volontaire,
  • insertion par l’activité économique.

L’Îlot gère 3 ateliers d’insertion par l’activité économique à Amiens : automobile, menuiserie et restauration.

Pour en savoir plus

La fondation Demeter soutient l’Îlot

Coup de Pouce
contre l’échec scolaire

La fondation Cécile Barbier de la Serre soutient l’association Coup de Pouce qui œuvre pour prévenir l’illettrisme des enfants en classe de CP.

La méthode s’appuie sur des recherches scientifiques prouvant que les élèves qui ne savent pas lire, et n’ont pas envie d’apprendre à lire, sont ceux qui ne reçoivent pas de leur entourage familial et social des atouts de réussite constituant une « poussée culturelle favorable ».

Le « coup de pouce Clé » (club de lecture et d’écriture) tend à compenser ce handicap : il apporte à ces enfants un engagement de leurs parents ainsi qu’une rencontre quotidienne avec la culture écrite et le plaisir de la lecture.

Les résultats sont probants : 94 % des enfants pris en charge sortent de la zone dangereuse et 80 % sont de bons lecteurs à l’issue du programme. Entre 75 et 80 % gagnent également en motivation pour travailler, aller à l’école, et en confiance en eux. 85 % des parents acquièrent une capacité à accompagner leurs enfants dans la suite de leurs études et 95 % des enseignants pensent que ce dispositif est complémentaire de leur travail.

Il est aujourd’hui implanté dans 259 villes partenaires et bénéficie à 10 000 enfants pris en charge chaque année dans 2000 clubs coup de pouce répartis dans 1300 écoles (sur 100 000 enfants sortant chaque année en échec scolaire du CP).

Le dispositif est complété depuis 7 ans par la mise en place du « prix des premières lectures » : au cours de l’année, chacun des 10 000 enfants vote pour l’un des 4 ouvrages qu’il a lus dans le cadre des clubs. L’ouvrage élu est ensuite offert à chacun des enfants.

En 2014, la fondation Cécile Barbier de la Serre a permis le financement de 24 clubs coup de pouce Clé des villes du Nord-Pas-de-Calais : à Béthune (7 clubs), Douai (5 clubs) et Wattrelos (12 clubs), ainsi que de 4 clubs Clém (action complémentaire pour prévenir les échecs précoces en mathématiques et en lecture en CE1). Sur les 118 enfants bénéficiant de ces dispositifs, 111 sont sortis de la zone dangereuse.

Plus d’information sur Coup de Pouce et le soutien de la fondation Cécile Barbier de la Serre 

 

Les ressources humaines à la disposition des associations et des fondations

Les fondations et associations ont souvent de multiples projets et développer et d’actions à mener avec un minium de ressources humaines et financières. Beaucoup de fondations familiales, notamment, n’ont pas de salarié et sont gérées par les fondateurs eux-mêmes, qui font face à une masse de travail importante et ont besoin d’être aidés. Plusieurs organisations peuvent procurer des soutiens : le service civique des jeunes grâce à Unis-Cité, le bénévolat de compétences, mis en place par Passerelles et Compétences, et les emplois solidaires, gérés par Nouvelles Solidarités face au chômage (SNC). Ces ressources humaines peuvent aussi être proposées par les fondations aux associations qu’elles soutiennent. Un Esprit de Famille a rassemblé le 12 mai 2015 au cours d’une table ronde ces 3 organisations afin de mieux connaître les solutions qu’elles proposent.
Marie Trellu-Kane, fondatrice et coprésidente d’Unis-Cité : le service civique, une étape de solidarité et d’apprentissage de la diversité dans la vie des jeunes
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Avec deux amies, comme moi étudiantes à l’ESSEC, nous avons créé Unis-Cité en 1994 pour permettre à des jeunes de consacrer une étape de leur vie à la solidarité. Notre vision était que tous les citoyens, en particulier les jeunes, ont un rôle à jouer pour faire avancer la société ; tous, nous pouvons agir dans le respect de nos différences culturelles, sociales et de croyances.

Nous avons commencé avec 24 jeunes il y a 20 ans et, en 2014, plus de 2000 ont effectué leur service civique dans une cinquantaine de villes en France. L’association Unis-Cité est ouverte à tous les jeunes de 16 à 25 ans, sans condition de diplôme ni de compétences. Pendant 6 à 9 mois, nous leur proposons des missions au service de la communauté. Les jeunes fonctionnent en équipe pour favoriser la mixité sociale et cultuelle.

Ils sont mobilisés sur 5 grandes missions :

  • L’éducation, à travers le programme Néo-citoyens : les jeunes interviennent dans des écoles en difficulté pour des actions de prévention contre la violence.
  • La solidarité intergénérationnelle et la prévention de l’isolement des personnes âgées : les « Intergénéreux » interviennent dans les maisons de retraite ou à domicile pour des visites de convivialité, pour proposer des sorties, recueillir la mémoire des personnes âgées, valoriser leurs savoirs…
  • La santé : mener dans activités avec les enfants de quartiers défavorisés autour du « bien manger » pour les encourager, ainsi que leurs parents, à adopter une alimentation plus saine et à pratiquer une activité physique régulière.
  • Le développement durable : 450 jeunes, en 2014, sont allés dans les quartiers populaires pour aider des familles à adopter des gestes éco-citoyens et réduire leurs factures énergétiques.

Depuis la loi du 10 mars 2010 qui institue le service civique volontaire, l’Etat finance 80 % des indemnités mensuelles de nos jeunes, qui gagnent 573 € par mois. Les 20 % restants sont donnés par nos partenaires. Par exemple, la collectivité locale du Val d’Oise nous finance pour accompagner des enfants autistes dans le département.

Depuis 5 ans, nous avons mis en place 2 nouveaux programmes :

  • Rêve et réalise : les jeunes s’engagent pendant 9 mois à monter leur projet solidaire, par exemple une action pour lutter contre le racisme, pour créer des emplois dans le quartier…
  • Programme Booster auprès des décrocheurs scolaires mineurs : si on propose à des jeunes en échec scolaire de réaliser des actions solidaires pendant 7 ou 8 mois, 86 % d’entre eux retournent à l’école par la suite.

Comment une association ou une fondation peut-elle bénéficier des talents
des jeunes en service civique ?

Depuis 2012, il est possible pour une fondation ou une association de se faire agréer par l’Etat pour recevoir des jeunes volontaires sur une période de 6 à 12 mois. L’Etat verse son indemnité et la structure d’accueil complète de 110 € par mois et par jeune. Le dossier d’agrément est obtenu pour une mission d’intérêt général accessible à tout jeune, quelles que soient ses qualifications, et non concurrentielle à l’emploi. La deuxième exigence est l’accompagnement des jeunes : un encadrant les aide à accomplir leur mission et à réfléchir à leur projet d’avenir. Il est recommandé de ne pas mobiliser un jeune seul : le service civique est une étape de mixité sociale, qui le place dans une dynamique collective.

Unis-Cité conseille et soutient les structures qui demandent l’agrément pour accueillir des jeunes en service civique.

Patrick Bertrand, fondateur et président de Passerelles et Compétences : le bénévolat de compétences pour accompagner les structures à mission d’interêt général
Patrick BertrandDepuis 13 ans, l’association Passerelles et Compétences promeut le bénévolat de compétences : nous mettons en relation des associations de solidarité et des professionnels, dans le cadre de missions ponctuelles bénévoles. Comme Unis-Cité, nous pensons que chaque citoyen détient une parcelle de la solution aux défis de la société ; en apportant nos talents et nos compétences, nous pouvons aider à résoudre ces problèmes.

Des « Passerelles » existent dans 20 villes de France : ce sont des bénévoles qui gèrent l’ensemble des relations avec les associations et les professionnels qui donnent leur temps. Les Passerelles :

  • aident les associations à réfléchir à leurs besoins et à bien les identifier ;
  • identifient le professionnel qui correspond à la mission. En général, ils ont le choix entre plusieurs bénévoles pour une seule mission. Ils déterminent le bénévole pour cette mission avec des critères objectifs, sans mettre les autres en concurrence avec lui ;
  • accompagnent toute la réalisation de la mission entre le bénévole et l’association : l’objectif est de créer une « histoire » et donner envie au bénévole de pérenniser son engagement dans l’association.

Passerelles et Compétences a réalisé l’année dernière 500 missions, pour une valorisation de 2,5 à 3 millions d’euros si elles étaient achetées dans le secteur marchand. Aujourd’hui, nous avons un vivier de 5 000 personnes bénévoles, dont 80 % sont en activité professionnelle.

Comment une association ou une fondation peut-elle utiliser Passerelles et Compétences ? 

Vous avez tous dans votre entourage des associations qui cherchent en permanence des compétences pour se développer, être efficaces et impactantes ; de notre côté, nous connaissons de nombreux bénévoles qui attendent que l’on fasse appel à  eux.

Les associations participent à 40 % au financement du fonctionnement de notre association. Nos partenaires, des dons et subventions financent les 60 % complémentaires. Des fondations qui soutiennent des associations demandeuses peuvent, par exemple, financer les 60 % complémentaires.

Nous développons de nouveaux programmes :

  • les bénévoles ont envie d’agir en équipe : des missions collectives, comme Phosphore en association avec Pro Bono Lab, est un « marathon » qui réunit une équipe de volontaires pendant une journée pour répondre aux besoins d’une association.
  • les petites associations ont besoin d’échanger au fil de l’année, c’est pourquoi nous avons créé le bénévolat d’accompagnement : des bénévoles accompagnent ces associations pendant 9 mois ;
  • pour les associations qui se posent des questions techniques, nous lancerons en septembre 2015 unsystème de questions/réponses : un bénévole répond aux questions, en s’appuyant sur tout un réseau d’autres bénévoles.
Vincent Godebout, délégué général de Solidarité Nouvelles face au Chômage : les emplois solidaires au service des structures de l’Economie Sociale et Solidaire et de la lutte contre le chômage
VincentGodeboutFondée en 1985, Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC) est une association quipropose à des chercheurs d’emploi un soutien humain personnalisé effectué par un réseau d’accompagnateurs bénévoles à travers toute la France. 2 700 chercheurs d’emploi sont accompagnés par 2000 membres bénévoles répartis dans 140 groupes locaux de solidarité, avec un taux d’issue positive de 62 % en fin d’accompagnement.

Solidarités Nouvelles face au Chômage crée et finance aussi pour des chômeurs de longue durée, accompagnés par son réseau, des emplois solidaires à durée déterminée dans des associations partenaires. Ces emplois solidaires sont un outil complémentaire à l’accompagnement. Ils sont créés et financés par SNC grâce aux contributions de ses membres et de ses donateurs, à hauteur de 115 % du SMIC pendant 1 an. Depuis l’année dernière, les emplois solidaires sont ouverts à l’ensemble des structures de l’ESS : entreprises sociales, coopératives, mutuelles… Pendant l’emploi, les salariés sont accompagnés par 2 bénévoles.

Par SNC, il est donc possible de contribuer à la solidarité nationale en donnant de son temps pour l’accompagnement et en finançant des emplois pour des personnes qui en étaient dépourvues.

Tous les bénévoles suivent un programme de formation en plusieurs modules : acculturation, écoute, techniques de recherche d’emploi et connaissance des étapes de l’accompagnement. Le modèle est très souple : l’accompagnement peut durer de un mois ou 2 ans, selon le besoin du chercheur d’emploi. Les accompagnateurs se retrouvent tous les mois au sein de 140 groupes de solidarité pour échanger, réceptionner les profils de postes, échanger sur la vie de l’association…

Comment une association ou une fondation peut-elle bénéficier des emplois solidaires de SNC ? 

SNC dispose d’un vivier de personnes compétentes dans tous les métiers et dans toutes les régions : nous sommes présents dans toutes les grandes villes de France et, de plus en plus, dans les villes moyennes.

Une association ou une organisation sans but lucratif qui veut développer une activité, sans avoir les moyens financiers de le faire, peut contacter SNC pour proposer une offre d’emploi. Le salaire de la personne sera pris partiellement ou totalement en charge par SNC. Le contrat de travail est conclu entre l’association partenaire et la personne accompagnée pour une durée déterminée, à temps plein ou partiel. Le salarié est accompagné par la structure bénéficiaire ou un bénévole de SNC. Il se crée ainsi une relation tripartite entre l’employeur, le bénéficiaire et SNC.

Le chômage n’est pas une fatalité, chacun peut lutter contre ses effets en donnant du temps, en partageant avec d’autres…