Plus de quarante membres et invités se sont retrouvés chez Kramer Levin Naftalis & Frankel LLP pour échanger sur le thème « Numérique et inclusion ».
4 associations présentent leurs approches de la lutte contre l'exclusion au travers d'initiatives s'appuyant sur le numérique dans le monde de la culture, de l'insertion, de la formation et de l'accompagnement de SDF.
Micro-Folie présentée par Didier Fusillier, président de l'Établissement public du parc et de la grande halle de la Villette.
Plate-forme de diffusion de contenus culturels au service des territoires, permettant d'amener la culture sous forme digitalisée et ludique aux citoyens.
La transmission aux enfants ou autres membres de la famille du fondateur est un thème majeur pour les fondations familiales. Comment organiser la gouvernance de la fondation pour qu'elle ne soit pas excessivement dépendante du président fondateur ? Comment transmettre une fondation pour qu'elle ne soit pas perçue comme un devoir pour les héritiers mais plutôt une opportunité ?
Le 29 mai 2018, une vingtaine de fondations membres d’Un Esprit de Famille se sont réunies autour de six fondations qui ont partagé leur expérience. La réunion se tenait chez la plus ancienne d'entre elles, la Société philanthropique, créée en 1780.
Trois fondations animées par leurs fondateurs
Fondation Brageac : nous avons transmis le "virus" de la philanthropie dans la famille
Isabelle Bouzoud, présidente : fondation de flux créée en 2006, hébergée à la fondation Caritas, la fondation Brageac rassemble notre famille au sens large, composée de nombreux cousins. Nous soutenons des projets de solidarité en France et l’international : éducation, formation, insertion, lutte contre l’exclusion.
Les membres de la famille fondateurs se sont engagés durablement pour pérenniser la fondation. D’autres sont donateurs : en tant que fondation de flux, nous ne vivons que des dons des membres de la famille ; c’est un aiguillon pour être exigeant et efficace afin de les motiver. Nous essayons d’impliquer la jeune génération (20-40 ans) pour qu’elle assiste aux comités de sélection des projets. Ces jeunes sont très sollicités par ailleurs mais fiers du travail effectué au nom de la famille. Certains membres de la famille ont créé 3 autres fondations et un fonds de dotation pour des projets particuliers : c’est une tradition familiale bien ancrée.
Gouvernance
Le comité exécutif est composé pour moitié de membres de la famille, pour moitié de personnes qualifiées qui ont une expérience dans le domaine associatif. Ces dernières nous évitent de mettre trop d’affect dans le choix des projets et nous obligent à être rigoureux.
Je parlerais plutôt de transmission que de succession : nous avons transmis le « virus » de la philanthropie à la génération suivante. Les jeunes sont intéressés mais pas encore acteurs : ils feront sans doute différemment de ce que nous faisons, comme nous avons agi différemment de nos prédécesseurs.
Fondation Lemarchand : chaque membre de la famille est rapporteur de projets à défendre
François Lemarchand, fondateur : en même temps que l’entreprise Nature et Découvertes, j’ai créé en 1991 la fondation Nature et Découvertes en y reversant 10 % des bénéfices de l’entreprise. Sa mission est la protection de la nature et l’éducation à la nature. Il y a 6 ans, mon fils est devenu président de la fondation en même temps que président de l’entreprise. La fondation est maintenant complètement prise en mains par le personnel de l’entreprise, qui apporte des projets de terrain : c’est un outil formidable de fierté et de sens.
Avec ma femme, nos 4 enfants et leurs conjoints, nous avons également créé la fondation familiale Lemarchand il y a 10 ans sur le thème des relations des hommes et de la Terre. Ma fille en est la directrice. Nous soutenons l'agriculture respectueuse de la nature, des jardins d’insertion, des jardins dans les hôpitaux… et des associations activistes, par exemple sur les perturbateurs endocriniens, la protection des océans. Nos enfants et leurs conjoints, mon épouse et moi-même nous rendons sur le terrain. Les projets sont préparés en amont par les 3 permanents de la fondation puis chacun de nous est rapporteur de 2 ou 3 dossiers à défendre, au cours de 2 sessions par an. Le processus de décision démocratique donne lieu à des discussions passionnantes.
Fondation Cécile Barbier de La Serre : devenir un ciment familial
René Barbier de la Serre, fondateur et président : créée en 2004 par ma femme et moi-même, notre fondation reconnue d’utilité publiques (FRUP) dispose d’une dotation définitive qui procure des revenus de 400 000 € par an pour financer des projets qui répondent aux besoins élémentaires des jeunes enfants très défavorisés.
J’ai donné à la fondation le nom de ma mère avec le désir de perpétuer son esprit de générosité. J’aimerais que la fondation devienne un ciment familial et, n'ayant pas d’enfant, que mes neveux et nièces se sentent concernés. La fondation familiale est un substitut aux propriétés familiales qui disparaissent progressivement.
Gouvernance
Nous avons un statut un peu particulier : la majorité du conseil d’administration est familial, ce qui aujourd’hui est très difficile à obtenir dans une FRUP. Il comprend 12 administrateurs, dont 7 de la famille et 5 nommés par les 7. Jusqu’à il y a un an, le conseil était composé par mes frères et sœur et des personnalités qualifiées. Depuis 5 ans, nous avons recruté une déléguée générale, j’ai investi dans un local pour faciliter la transmission. Je ne suis plus la seule référence, la fondation devient celle de mes neveux et nièces. Au conseil, mes frères et sœur ont été remplacés par leurs enfants, qui ont une quarantaine d’années. Ils commencent à susciter des projets et à être actifs.
Une fondation en phase de transmission à la troisième génération
Fondation Hippocrène : 3 générations coexistent dans le conseil de la fondation depuis sa création
Michèle Guyot-Roze, vice-présidente : la fondation Hippocrène a été créée par mes parents, Jean et Mona Guyot en 1992, sous forme de FRUP. Sa mission : les jeunes et l’Europe. Nous finançons des projets qui permettent à de jeunes Européens de se rencontrer et d’agir ensemble dans les domaines de l’éducation, de la culture ou de l’humanitaire. Ce sujet est devenu important et urgent.
Présidente de la fondation pendant 10 ans avant Alexis Merville, mon neveu, j’avais le sentiment qu’il m’était difficile de me renouveler : il faut alors passer la main. Alexis a toujours participé très activement à la définition de la stratégie de la fondation, à la gestion des fonds, à la sélection des projets. Nous sommes très contents de la passation, qui s’est effectuée progressivement, il y a un an et demi. Il faut avancer dans un équilibre fragile.
Alexis Merville, président: la majorité du conseil d’administration est constituée de membres de la famille. Depuis sa création, trois générations y coexistent. Chaque membre de la famille peut devenir ambassadeur du projet familial. Les projets nous parviennent par le site Internet. Les membres du conseil donnent leur avis ; in fine le Bureau décide, dans le respect des avis donnés. Il est indispensable de créer les conditions d’un vrai débat, où tous s’expriment, avant la décision finale du président. Il n’y pas de "statue du commandeur" devant laquelle tout le monde s’incline ! Les discussions à 3 générations sont en fait plus faciles qu’à 2 générations ; et c’est possible de s’engager dès l’adolescence. La directrice non salariée de la Fondation est ma sœur, Dorothée Merville. Le Cercle des Amis de la fondation, créé en 2011, est présidé par les conjoints de Michèle et moi-même. Il est important que les conjoints aient leur place : l’engagement dans la Fondation, en plus de la vie professionnelle et familiale, suppose une adhésion de toute la cellule familiale.
Deux structures centenaires
Fondation Cibiel Lannelongue : 1300 descendants des fondateurs sollicités
Guy de la Martinière, président : notre histoire commence avec un oncle et une tante, Odilon Lannelongue et Marie Cibiel, qui furent très généreux dans leurs dons aux personnes défavorisées ; ils ont notamment créé en 1892 un foyer à Clichy pour les jeunes filles en grande difficulté. En 1949, ce foyer fusionna avec Le Nid, dont la mission était d'aider les personnes en situation de prostitution. Après 1968, l’association Cibiel Lannelongue a été recréée et s’est séparée du Nid pour une divergence de valeurs et de gouvernance. Depuis une trentaine d’années, sa mission est de soutenir financièrement et humainement l’association Claire Amitié, qui a créé et gère des foyers d'accueil de jeunes filles en difficulté : 6 foyers en France, 6 en Afrique, 1 au Cambodge, 1 au Brésil. Environ 2000 jeunes filles sont aidées chaque année.
L’année dernière, l’association Cibiel Lannelongue a donné 400 000 € à Claire Amitié par le biais de la fondation Cibiel Lannelongue, abritée par l’Ordre de Malte. Les dons ne proviennent que des descendants de parents de Marie Cibiel : notre fichier en compte 1300 ! Quelques familles amies soutiennent aussi Claire Amitié. Un pique-nique familial est organisé tous les ans, au moment de l’Assemblée générale.
Gouvernance
Dans ses statuts, l’association n’est pas strictement familiale ; son conseil d’administration comprend au moins 4 représentants de la famille, sur 9 membres. Le conseil se renouvelle pour introduire la génération des 30 ans ; nous essayons d’envoyer les jeunes sur le terrain dans les foyers à l’international : c’est ce qui les motive pour continuer à s’impliquer.
La Société philanthropique : nous espérons être toujours là dans 200 ans !
Louis de Montferrand, président : la Société philanthropique est le fruit de 20 histoires familiales. Par exemple, M. de Ladoucette a amassé une grosse fortune sous le Second Empire. Veuve, Mme de Ladoucette s’est intéressée aux jeunes filles ouvrières qui vivaient dans des conditions insalubres. Elle a créé pour elles des activités de soutien regroupées dans une fondation, que ses neveux ont reprise après sa mort. Ils ont légué la fondation à la Société philanthropique pour la pérenniser. 1 ou 2 membres de la famille Ladoucette sont toujours présents dans le conseil d’administration. Nous ne sommes pas des fondateurs mais des transmetteurs… Ce conseil de 20 personnes comprend une dizaine de descendants des donateurs du 19è siècle. Les dix autres membres sont des personnes très qualifiées, des amis qui nous complètent : médecins, financiers, dirigeants d’entreprise, mères de familles nombreuses… Nous avons besoin de leurs compétences et aussi de leur humanité.
Association reconnue d’utilité publique depuis 1839, la Société philanthropique agit dans le domaine médico-social : personnes âgées, handicapées, enfants en placement judiciaire, logements sociaux, un hôpital… Nos prédécesseurs ont légué à la Société philanthropique près de 100 000 m2 en région parisienne, dédiés à ces activités, ainsi qu’un patrimoine financier. Chaque établissement a une histoire, chaque histoire est faite de combats… Pour mener à bien nos activités, nous avons signé des conventions avec l’Etat : une grande partie de notre financement vient de la Sécurité Sociale. Nous nous préparons à chercher les philanthropes d’aujourd’hui pour soutenir la création d’activités nouvelles : par exemple une maison dédiée à 7 personnes en situation de handicap qui vivraient ensemble.
En termes de gouvernance, tout est validé par l’Assemblée générale des 200 membres. Nous cooptons les adhérents parmi nos familles et nos amis. Nous sommes soucieux de préserver notre indépendance et espérons bien être toujours là dans 200 ans !
Des clés pour réussir la transmission
Définir des critères stricts dans la sélection des projets pour réduire les choix affectifs et subjectifs.
Les projets sont trop souvent travaillés par l'équipe permanente et imposés par le président. Chaque membre du conseil d’administration peut s’impliquer en allant sur le terrain pour défendre un projet.
Les statuts ouvrent sur une mission large de la fondation mais verrouillez la gouvernance familiale.
Impliquer les conjoints "pièces rapportées" car s'engager dans une fondation prend du temps, c'est un choix de toute la cellule familiale.
Plus de 100 000 décrocheurs scolaires par an, de mauvais résultats dans les tests comparatifs internationaux alors que le système scolaire français est l'un des plus coûteux au monde... Ces constats ont incité de nombreux fonds de dotation et fondations privés à agir en finançant des associations qui pallient les manquements de l'école ou des écoles innovantes hors contrat. Les membres d'Un Esprit de Famille se sont réunis le 15 février pour un bilan de leurs actions et réfléchir à en accroître l'impact. Bénédicte Gueugnier, directrice de la fondation Financière de l'Echiquier, animait le débat.
Les manquements de l’école : état des lieux
Par Laurent Dupuis, délégué général de la fondation Potentiels et Talents*
La situation se dégrade :
20 % des élèves ont des lacunes importantes en sortant de l’école primaire,
plus de 100 000 décrocheurs par an,
60 % des étudiants inscrits dans les universités n’arrivent pas au terme des trois années de licence,
le recrutement des professeurs est en difficulté et ils vivent beaucoup de souffrances sur le terrain.
Les « manquements » sont des conséquences de la logique industrielle de massification qui préside depuis plusieurs décennies au pilotage de l’Éducation nationale. La massification des effectifs est intervenue sans anticiper la gestion de la diversité sociale et culturelle qui l’accompagne.
S’attaquer aux causes structurelles des failles de l’éducation permettrait d’engager la « transition éducative ». Quels sont ses fondements ?
Adapter le système à l’élève et non le contraire, dans le respect des différences et non l'indifférence.
Chaque école est singulière sur son terroir ; elle est le fruit d’un équilibre instable entre les parties prenantes.
L’équité au lieu d’une égalité dogmatique : « L’égalité se réalise par la liberté… la véritable égalité surgira de la reconnaissance de la diversité des intelligences. » Jean-Michel Blanquer, Le Point du 8/10/15. L’équité, c’est donner à chacun ce dont il a besoin pour se hisser à la hauteur de ses potentiels.
Le défi est de faire évoluer l’école classique, c’est un enjeu de conduite du changement : d’une école de la réussite "pour tous" à une éducation favorisant l’accomplissement de chacun.
* Lafondation Potentiels & Talents, abritée par la Fondation pour l’Ecole, œuvre pour l’épanouissement et le développement durable des potentiels de chacun, y compris des profils « atypiques », en situation de handicap et/ou de « haut potentiel ».
Des solutions en lien avec l'Education Nationale, soutenues par les membres d'Un Esprit de Famille
Prévenir l'illettrisme : la fondation Scaler et l’association Coup de Pouce
Coup de Pouce vise à favoriser la réussite scolaire pour tous en luttant contre l’illettrisme. Coup de Pouce a accompagné 11 000 enfants dans 1300 écoles en 2015-16. Bénéficiaires : grande maternelle - CP - CE1
Bénédicte Boissonnas, fondation Scaler : "Nous soutenons Coup de Pouce car le monde change très vite et demain, il n‘y aura plus de métiers sans formation. Il faut apprendre à apprendre dès le primaire, c’est important."
La force des liens de proximité : le fonds Un Pied devant l’Autre et l’association ADOS
ADOS (Association pour le Dialogue et l'Orientation Scolaire, Paris 75018) propose aux jeunes un accompagnement dans leur scolarité, ainsi qu’un cadre et des activités destinés à développer leur autonomie et susciter leur responsabilisation. Bénéficiaires : jeunes du quartier de la Goutte d’Or du CP au post bac.
Nathalie Goyet, fonds de dotation Un Pied devant l'Autre : "Créé par les habitants du quartier eux-mêmes, ADOS établit des liens entre les établissements scolaires et des familles qui ne se sentent pas légitimes pour accompagner leurs enfants, ne connaissant pas les codes scolaires. Nous soutenons des associations de proximité comme ADOS qui sont un facteur de paix et d’intégration sociale, elles font un travail formidable pour la réussite de jeunes."
Responsabiliser les jeunes : APPOS et l’association Arpej 14
Arpej 14 (Paris) accompagne des jeunes dans leur scolarité et la mise en œuvre de leur projet professionnel ; l’association soutient les parents dans leur rôle d’éducateur et dans leur relation avec l’école. Bénéficiaires :du CE1 au Post Bac.
Benoît Mialaret, APPOS : "Arpej 14 accompagne une centaine de jeunes par an parmi les familles défavorisées du 14è arrondissement de Paris. L’association établit un contrat tripartite entre chaque jeune, ses parents et son accompagnateur bénévole d'Arpej. Les jeunes sont ainsi responsabilisés. Soutenir ce type d’association est dans les gènes de l’APPOS, qui s’occupe de handicap social."
Se connaître soi-même pour s'orienter : Acteur de mon avenir propose aux jeunes des coachs professionnels
Jacques Vincent, fondateur d’Acteur de mon avenir : "800 000 jeunes passent en troisième chaque année, dont 250 000 en professionnel. Pour bien s'orienter, il faut se connaître soi-même, connaître les métiers et les cursus. Nos coachs professionnels agissent sur le développement personnel, l'acquisition de la confiance en soi. Ils soutiennent chaque année 250 jeunes."
Des jeunes oubliés des politiques publiques : La fondation Brageac et l'association Chemins d’avenirs
Isabelle Bouzoud, présidente de la fondation Brageac : "Chemins d'avenirsaide les jeunes de ″la France périphérique″ : des petites villes et campagnes souvent hors du champ des politiques publiques ; les habitants ont des difficultés de mobilité, d’accès à la culture et un sentiment d’abandon, d'où un risque pour la démocratie. Les jeunes de ces régions intériorisent une incapacité. Les collégiens et lycéens soutenus par Chemins d'avenirs sont sélectionnés sur leur motivation ; un parrain accompagne chacun pour définir son projet puis le suit pendant 18 mois. Un comité scientifique évalue le programme, dont l'ambition est de couvrir tout le territoire."
Les écoles innovantes en France : état des lieux
Par Laurent Dupuis, Délégué général de la fondation Potentiels et Talents
Les Changemakers schools d'Ashokasont des établissements scolaires – publics, privés, urbains, ruraux, confessionnels ou non – qui font de la démocratie, de la citoyenneté et du vivre-ensemble la colonne vertébrale de leur proposition pédagogique, tout en favorisant l’acquisition des savoirs fondamentaux. 13 établissements scolaires ont ce label en France.
Dans les établissements privés hors contrat. Les écoles indépendantes scolarisent 65 000 enfants dans 1305 établissements. La FETE (Fédération des Ecoles pour la Transition Éducative) rassemble des classes du public et du privé qui s’inscrivent dans le cadre du programme officiel de l’Education Nationale. C’est une communauté de 37 classes.
Quelles innovations rassemblent les acteurs de la "transition éducative" ?
Des classes multiages et multiniveaux, des pédagogies et parcours personnalisés.
L'accent mis sur les "soft skills" : collaboration, entraide dans les activités scolaires et autres…
L'interdisciplinarité, le mode projet, le sens et les représentations des enfants au cœur des apprentissages (cartes heuristiques…)
Créativité,
expression artistique,
multilinguisme.
L'implication continue des parents.
L'équipe « d’enseignants chercheurs » au service d'une organisation apprenante.
L'apport d'un regard extérieur
par des réseaux de partenaires aidants,
par l'ouverture des écoles aux chercheurs.
La "transition éducative" est en marche. Les entreprises, les collectivités territoriales, les fonds et fondations peuvent jouer un rôle clé dans l’amorçage et le déploiement, tant au niveau des écoles prises isolément que des organisations les fédérant, à l’image de la FETE.
Des écoles innovantes soutenues par les membres d'Un Esprit de Famille
0 % d’absentéisme en classe : le fonds La Valinière et le Cours Frédéric Ozanam à Marseille
Le Cours Frédéric Ozanam (Marseille), école « Espérance Banlieues » à petits effectifs par classe, s’adresse à des élèves en risque de décrochage scolaire dont les parents sont désireux de s’investir dans la réussite de leurs enfants. Bénéficiaires : du CP à la 3ème.
Manuela d'Halloy, fonds de dotation La Valinière: "30 % des élèves du Cours Frédéric Ozanam ont des retards scolaires très significatifs, 20 % ont des difficultés de comportement. Une classe compte 5 à 10 élèves, avec une pédagogie sur mesure pour chacun. L'apprentissage est permanent, soutenu par des intervenants externes et des activités périscolaires, en lien avec les parents. On note 0 % d’absentéisme chez les élèves, qui progressent considérablement."
Des jeunes à haut potentiel en échec scolaire : le fonds Après Demain et l’association Arborescences
Arborescences est un réseau d’écoles qui se donne pour mission d’épanouir des enfants à haut potentiel, grâce à une pédagogie qui prend en compte leur particularité. Bénéficiaires : enfants de 5 à 12 ans.
Alexia Maury-Segard, déléguée générale du fonds Après Demain : "Les 2/3 des 15 000 enfants à haut potentiel, souvent associé à l’hyperactivité, sont en échec scolaire. Arborescences intervient en primaire, ensuite les enfants réintègrent le système conventionnel. Arborescences gère 3 écoles pilotes avec une pédagogie innovante, qui mise sur la coconstruction des savoirs avec les adultes. Le fonds Après Demain soutient les personnes en situation de solitude : les enfants à haut potentiel et leurs parents sont très isolés."
Recherche et expérimentation pédagogique : la fondation Potentiels et Talents et la Lab School
La Lab School (Paris) est une école « adaptée au XXIè siècle », innovante, bilingue, solidaire, laïque, numérique et éco-responsable, qui vise la créativité et le plaisir d'apprendre des enfants. Bénéficiaires : du CE2 au CM2.
Brigitte de Compreignac, présidente de la fondation Potentiels & Talents : "La Lab School est construite sur 5 principes clés : le bien-être de tous (élèves, enseignants et parents) ; une pédagogie qui favorise la créativité, le sens et le désir d’apprendre ; la recherche : la pédagogie est sans cesse en questionnement ; la formation pour les enseignants let les parents ; l'ouverture sur le monde."
Des clés pour repenser l'école en France
Faire vivre des réseaux d'écoles pour partager les expériences et diffuser les apprentissages.
Dépasser les lignes de fracture et d’opposition entre écoles publiques, privées sous contrat et hors contrat : rassembler les forces vives qui montrent le chemin de l'innovation en favorisant la coopération des réseaux.
Plusieurs niveaux d’action sont nécessaires pour faire bouger les lignes :
les actions palliatives, pour agir là où il y a urgence, notamment dans les collèges et les lycées ;
l’expérimentation, pour tester l'efficacité des innovations,
l’évaluation pour influer sur les politiques publiques, faire évoluer les consciences et les fonctionnements.
En France, 80 000 personnes sortent de prison chaque année. Trois sur cinq vont y retourner. Pour enrayer ce fléau social, des associations se mobilisent. Le 14 novembre, quatre d'entre elles ont présenté leurs projets aux membres d'Un Esprit de Famille. Découvrez leur vision, leurs actions, leurs innovations pour réinsérer d'anciens détenus.
Les associations présentes analysent les facteurs clés de la réinsertion : formation professionnelle des personnes en détention, accompagnement à la sortie de prison (social, psychologique, logement, emploi, citoyenneté, santé...) Avec un prérequis : que les personnes commencent par s’estimer elles-mêmes avant de construire leur avenir.
Les enjeux des populations carcérales sont méconnus et font l'objet de peurs dans la société. Le danger serait alors l’indifférence ou le découragement : pas pour ces acteurs engagés que nous avons rencontrés.
Ludovic Dardenne, directeur de Permis de Construire
Depuis 8 ans, Permis de Construireaccompagne dans la région nantaise les personnes placées ou passées sous main de justice les plus vulnérables, soit avec des problématiques multiples d'addictions, d’isolement, de précarité sociale et matérielle, de difficultés éducatives, de fragilités psychologiques et professionnelles. Elles sont des personnes "sans" : sans emploi, sans logement, sans entourage, sans mobilité, sans projet. Les personnes sous main de justice sont exclues, au mieux assistées. Nous prenons le contre-pied de cette tendance en les plaçant en responsabilité et au cœur de leur propre projet de vie.
Car malgré leur trajectoire chaotique, beaucoup sont très motivés pour retrouver sens et responsabilité dans leur vie : c’est la condition sine qua non pour être accompagnés par Permis de Construire. Nous les appelons les "pilotes" : nous les aidons mais ils sont responsables de leurs choix. Notre parcours " Se bâtir, ensemble" amène chaque pilote à réaliser son propre projet de vie. Il s’appuie sur un modèle et une méthode immuables mais chacun progresse à son rythme.
Le modèle des 4 piliers aborde tous les aspects de la réinsertion :
bien-vivre : accès au logement, à la culture, connaissance des droits et devoirs des citoyens…
bien-être psychologique : la découverte de soi, la gestion des émotions...
bien-être corporel : hygiène de vie, activités physiques...
bien-faire : orientation professionnelle, moyens de communication...
La méthode ADVP (Activation du développement vocationnel et personnel) aboutit à développer un projet de vie épanouissant.
400 personnes ont été accompagnées par Permis de Construire depuis 8 ans. 93 personnes ont été accompagnées en 2016. Pour près de 60 % d'entre elles, la sortie a été positive : retour à l’emploi, à un logement pérenne, acquisition de confiance en soi, apaisement personnel et relationnel. Le taux de récidive est de moins de 5 %. Le coût d’accompagnement annuel d'un pilote s'élève à 1 500 €.
Nous menons actuellement une analyse stratégique et d’évaluation de nos actions grâce à une convention avec l’université de Nantes. En 2018, nous voulons essaimer dans d'autres juridictions (Rennes, Saint-Nazaire, Lorient), professionnaliser notre formation et communiquer auprès des publics qui ne connaissent pas notre existence.
Brieuc Le Bars, cofondateur de Code Phenix
Le secteur du numérique fait face à une pénurie durable de développeurs web : 11 offres d’emplois en moyenne par candidat. En 2020 en France, entre 50 et 130 000 postes ne seront pas pourvus (l'écart est fonction des projections de croissance). L'école Simplon.co propose déjà des formations de développement web gratuites pour des publics défavorisés : le taux de sortie positive s'élève à 76 %.
La pénurie est identique aux Etats-Unis. Depuis 4 ans, TheLastMile déploie aux Etats-Unis une formation de développement web dans les prisons qui connaît un immense succès : 0 % de récidive, 0 % de chômage et un salaire moyen mensuel de 4000 $.
Code Phenix veut répliquer ce succès en France en proposant un parcours basé sur cette opportunité de réinsertion vers l’emploi. Le projet pilote pour 8 détenus est en cours de construction :
phase de formation de 6 mois en développement web/app, assurée par des développeurs aguerris.
Phase d’application de 3 mois : les personnes formées réalisent des missions pour des entreprises. Ainsi elles se constituent un portefeuille de projets et la rémunération, partagée avec Code Phenix pour assurer sa croissance, leur permet l’appréhender plus sereinement leur sortie de prison.
Accompagnement à l’emploi : Code Phenix s'engage à suivre les détenus, à les mettre en relation avec des entreprises partenaires et des associations spécialisées dans la réinsertion.
L’administration pénitentiaire nous soutient activement et des écoles de développement web nous aident à construire la formation. Nous projetons de lancer le programme pilote à l’hiver hiver 2018. Son coût est de 57 000 € pour couvrir les besoins matériels (ordinateurs…), les frais de déplacement et la rémunération des professeurs. L'objectif à terme est de nous autofinancer grâce aux missions réalisées.
Le coût réel de la récidive après une peine de prison ferme s'élève 47 000 € pour l’Etat. Grâce à ce programme, la société peut économiser des sommes considérables et les détenus sortir du cercle vicieux de la récidive.
Clotilde Gilbert, fondatrice et directrice de Wake up Café
Aumônier de prison pendant 8 ans, j’ai créé Wake up Café en 2014. Mon expérience m'a fait réaliser qu’il y a beaucoup à faire pour réinsérer les anciens détenus dans la société et éviter ainsi 65 % de récidive dans les 5 ans.
Nous travaillons en amont avec les magistrats pour préparer la sortie des détenus et en partenariat avec des associations qui aident à la réinsertion. Le critère pour être accompagné par Wake up Café : une vraie envie de changer de chemin, la capacité d’entrer dans une relation de confiance mutuelle avec nous.
Au-delà de la formation professionnelle et de l'aide administrative, nous essayons de proposer un cadre chaleureux et accueillant pour lutter contre la solitude dont témoignent beaucoup d'anciens détenus. Dans nos locaux sur une péniche, nous organisons par exemple 2 rencontres en groupe par mois, animées par un professionnel de l’équipe et un ancien détenu ; les "wakers" y découvrent ensemble le respect et l’absence de jugement, le soutien et l’entraide de ceux qui ont vécu la même chose qu’eux et s’en sont sortis malgré les difficultés rencontrées.
En prison, nous proposons des ateliers artistiques, par lesquels Marcel, notamment, s’est découvert un vrai talent pour le dessin. Notre premier événement, il y a 2 ans, fut la vente aux enchères de ses toiles, pour montrer ce dont sont capables des personnes incarcérées. Notre mission est de changer notre regard, le regard de la société sur les sortants de prison. Ils ont payé leur dette et si la société ne leur donne pas leur chance de trouver une place utile, ils récidiveront.
Actuellement, nous lançons une formation qualifiante en cuisine avec Cuisine mode d’emploi(s), créé par Thierry Marx, à la maison d’arrêt de Fleury pour 18 hommes et 12 femmes, avec un accompagnement Wake up Café. Les personnes formées seront également suivies après leur sortie.
Paul Dall'Acqua, directeur de Seuil
Seuilaide des mineurs en prison à se réinsérer dans la société par la marche : la reconnexion avec la nature est un moyen de se retrouver soi-même. Chaque jeune parcourt 2000 km en 3 mois de marche individuelle, seul avec un accompagnant.
Seuil mise sur la rupture sociale, culturelle, linguistique : le jeunes marchent sur les chemins de Compostelle, en Espagne et en Italie. Ils partent sans téléphone, sans musique, avec un sac à dos d’une douzaine de kilos. Les éloigner de leur environnement habituel les conduit à réfléchir, au cours de cette marche de long terme qu'on peut qualifier d'introspective. La difficulté est moins physique qu’émotionnelle, mentale et le travail réflexif se fait nécessairement, presque à leur insu... 100 000 personnes par an parcourent les Chemins de Compostelle, de Roncevaux au Cap Finisterre. Elles sont toutes bienveillantes vis-à-vis de ces mineurs : ils emmagasinent ainsi un capital de confiance extraordinaire, sans jugement de la part des adultes. Une fête est organisée à leur retour : ils sont fiers de cet exploit et leur famille aussi. Bien sûr, ils continuent être suivis par Seuil à leur retour.
Actuellement, près de 800 mineurs sont incarcérés en France dans 6 prisons spécialisées, plus les quartiers mineurs des maisons d’arrêt. Les jeunes peuvent être incarcérés à partir de 13 ans. Habilité par le ministère de la Justice, Seuil les reçoit dans le cadre d’une alternative à l’incarcération ou d’un aménagement de peine.
35 jeunes par an partent depuis 2008, dont 1/3 de filles, moins nombreuses en prison que les garçons. Une étude du cabinet ProEthique montre que 85 % des jeunes qui sortent de prison récidivent dans l'année qui suit, alors que 95 % des jeunes ayant accompli une marche reviennent sereins et porteurs d'un projet. Inspirées par Seuil, des associations pratiquant des marches éducatives ont vu le jour en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Corée du Sud. Le 21 septembre, un colloque européen s'est tenu Paris sur le thème des marches éducatives comme levier de réinsertion.
3 clés pour aider les sortants de prison à se réinsérer dans la société
Informer, sensibiliser pour changer le regard de la société sur les gens sortant de prison est la première étape. Le grand public ne connaît pas leur réalité et l’imaginaire, les idées reçues l’emportent souvent.
Des grandes groupes acceptent désormais d’embaucher des personnes sortant de prison, leur immersion dans les entreprises fait évoluer le regard posé sur elles. Certains employeurs réalisent des entretiens d’embauche en prison.
Les actions des associations sont complémentaires de celles des pouvoirs publics, sensibles à éviter la récidive. Ensemble, associations et pouvoirs publics peuvent construire des solutions alternatives, dans une dynamique de partenariat.
Une centaine de personnes, membres d'Un Esprit de Famille et leurs invités, ont fêté la philanthropie familiale et d'initiative privée le 19 septembre.
Jacques Attali, président de la fondation Positive Planet, était l’invité d'honneur de cette soirée inspirée des valeurs olympiques, après la récente annonce des Jeux à Paris en 2024 : persévérance, solidarité, partage, plaisir et participation.
L'accompagnement des grands malades et de la fin de la vie est un droit en France mais seules 20 % des personnes concernées en bénéficient. Comment diffuser la culture des soins palliatifs et mourir dans de meilleures conditions ? Comment adoucir les douleurs du deuil ? Une vingtaine de membres d’Un Esprit de Famille se sont réunis le 9 mars 2017 autour de 4 associations qui agissent pour les soins palliatifs ou accompagnent les personnes endeuillées.
Le débat était animé par Didier Berthelemot, cofondateur du fonds de dotation Le Chant des Etoiles dont l'un des principaux axes d’intervention et l’accompagnement de fin de vie. Les 4 associations se sont présentées avant de répondre aux questions de l'assistance.
ASP fondatrice forme des accompagnateurs bénévoles
AntonioUgidos, délégué général de l'ASP fondatrice : ASP fondatrice développe l'Accompagnement des Soins Palliatifs dont chacun peut bénéficier dès l’annonce d’une maladie grave évolutive. Cependant, les soins palliatifs sont toujours globalement perçus comme un accompagnement des personnes proches de la mort. Ils prônent une approche holistique de la personne qui prend en compte sa douleur physique, sa souffrance morale, ses questions spirituelles et existentielles. La famille et les proches du malade peuvent également être accompagnés.
2 infirmières ont créé l’ASP fondatrice en 1984. Aujourd’hui, l’association compte 250 bénévoles répartis dans 37 établissements ; plus de 10 000 personnes sont accompagnées par an. Accompagner signifie être présent, être à l'écoute pour que les malades ne se sentent pas abandonnés. Le bénévolat d'accompagnement est encadré par la loi de 1999. Son article 1 stipule : « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à de l’accompagnement. » Or 20 % seulement des Français concernés en bénéficient. Un énorme travail d’information et de formation est à réaliser auprès des soignants et des équipes qui accompagnent les malades. D'ailleurs, de plus en plus de médecins s’y intéressent.
Empreintes soutient les personnes qui ont subi un deuil, quelle qu'en soit l'origine
Hélène Tournigand, déléguée générale : je suis devenue bénévole en soins palliatifs à la Maison médicale Jeanne Garnier. J’ai alors découvert le champ du deuil et les besoins énormes pour faire connaître sa réalité, son processus, sa temporalité. Or, selon une étude du CREDOC de 2016, seulement 3 % des Français se sont fait aider lors d’un deuil mais
97 % de ceux qui l'ont fait ont trouvé cette aide irremplaçable.
Empreintes est né il y a 22 ans et accompagne toutes les personnes touchées par un deuil, enfants, adolescents et adultes, quelle que soit la cause du deuil. Empreintes intervient par une écoute téléphonique, des entretiens, des groupes d’entraide et des rencontres organisées un autour d'un thème. Empreintes est également un organisme agréé de formation pour les accompagnateurs bénévoles.
Le deuil est naturel, il fait partie de la vie. Le processus de cicatrisation est moins douloureux avec un accompagnement. L'approche du deuil d'Empreintes est holistique : elle concerne la santé, les émotions, les questions existentielles.... Empreintes développe des formations pour diffuser cette culture du deuil dans les entreprises, les mutuelles, les écoles.
La fondation Saint-Jean de Dieu accueille des populations particulièrement vulnérables en fin de vie à Marseille
Olivier Quenette, directeur de l'EHPAD* de la fondation Saint-Jean de Dieu à Marseille : la fondation Saint Jean de Dieu, reconnue d'utilité publique en 2012 est une émanation de l’Ordre hospitalier du même nom, créé en 1602. La Fondation regroupe 6 établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux en Bretagne, à Paris et Marseille.
L’EHPAD Saint-Barthélémy à Marseille que je dirige fut créé en 1852 pour accueillir des vieillards pauvres et nécessiteux. L'EHPAD accueille aujourd'hui 245 résidents, issus de la rue, de services psychiatriques, souffrant de maladies neurodégénératives... La moyenne d’âge est 76 ans. Notre approche se veut aussi holistique, en mettant en oeuvre chaque jour les 5 valeurs de l’Ordre : hospitalité, qualité, respect, spiritualité et responsabilité. La plupart des résidents n’ont pas de famille, donc l’accompagnement, de fin de vie ou non, est très important.
La fin de vie est une orientation stratégique de l'Ordre dans les 5 années à venir. A Marseille, nous avons établi une convention avec une équipe de soins palliatifs. Une loi de 2014 oblige à trouver une alternative à l’incarcération à partir de 72 ans. Les personnes âgées sortant de prison sont accueillies dans notre EHPAD depuis 2009 et nous avons le projet d'ouvrir 40 lits supplémentaires pour elles.
*EHPAD : établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes
Visitatio, « start-up » associative, lance un projet innovant d’accompagnement à domicile
Jean François Vié, cofondateur de Visitatio : Visitatio s'inspire d'une expérience emblématique en Inde, dans le Kerala, où la mort est considérée comme une étape de la vie, avant d'être un problème médical : des communautés constituées assurent l'accompagnement de fin de vie. En France, les soins palliatifs se sont d'abord développés en milieu hospitalier et seulement 27 % des Français meurent chez eux. L'effort actuel en faveur du maintien à domicile dessine une perspective dans laquelle la dimension médicale est l'une des composantes de la fin de vie ; les autres composantes à prendre en compte sont les dimensions humaine, familiale, sociale, psychologique et spirituelle.
Le modèle de Visitatio s'appuie sur la mobilisation de la société civile, en partant d'associations locales déjà constituées, dont les membres se saisissent de l’accompagnement en fin de vie. Nous démarrons un pilote fin avril. Nous formons actuellement les équipes pour un accompagnement professionnel, qualitatif et durable. Nous espérons ainsi renforcer les solidarités locales, tout en mettant en place des indicateurs concrets pour mesurer nos résultats.
Comment se différencie l'accompagnement à l'hôpital de celui à domicile ?
ASP fondatrice : à domicile le bénévole est plus autonome mais il s'intègre dans une équipe
Jean-François Combe, président d’ASP fondatrice et accompagnant bénévole dans un service clinique : au domicile le bénévole est seul avec le malade, il n'est pas entouré des soignants et doit donc être autonome. Les bénévoles à domicile de l'ASP fondatrice sont formés aux premiers gestes de secours. Actuellement, seulement 18 bénévoles sur 250 vont à domicile mais nous voulons développer cette forme d’accompagnement.
Au domicile le bénévole a une proximité, une intimité plus grande avec le malade. Il y a parfois un risque de surinvestissement. Il n’est pas là pour créer du lien, mais pour être présent, ici et maintenant. Pour éviter cet écueil, les bénévoles travaillent en équipe : plusieurs bénévoles se relaient auprès d'un malade.
Empreintes : une éthique du bénévole en 3 axes
Hélène Tournigand: l’éthique du bénévole d'Empreintes se fonde sur des connaissances des pratiques. Elle se décline en 3 axes pour éviter le surinvestissement des bénévoles :
une formation pour connaître le processus de deuil et ses répercussions sur les personnes,
le respect et la compréhension de la souffrance de la personne endeuillée,
la distanciation de son propre vécu.
Les aidants sont souvent très démunis devant les souffrances de leurs proches. Comment aider les aidants ?
L'aide aux aidants s'est beaucoup développée en France
Plusieurs organismes se consacrent à l’aide aux aidants :
L'ASP fondatrice accompagne le malade et ses proches.
Une personne extérieure formée aux soins palliatifs, sans lien affectif avec le malade, soulage les proches et permet parfois au malade d'exprimer ce qu'il n'ose dire à sa famille.
Comment répondre aux demandes des malades qui veulent en finir avec la vie ?
Les demandes d'euthanasie diminuent fortement quand les malades sont accompagnés
Les bénévoles formés au soins palliatifs sont là pour accueillir des paroles telles que "Je veux en finir... Je ne suis plus utile à personne..." Une étude a été réalisée à la Maison médicale Jeanne Garnier : quand les malades sont écoutés, accompagnés, que leur souffrance physique, morale, spirituelle est prise en compte, 96 % des demandes d’euthanasie disparaissent. D’où l'urgence de développer la culture des soins palliatifs.
Par ailleurs, une prise en charge précoce par les soins palliatifs est économiquement rentable : ses conséquences sont moins de traitements, moins de maladies psychosomatiques, moins d'absentéisme des proches dans leur travail.
L’équilibre de la loi française est très spécifique : ni acharnement thérapeutique, ni euthanasie. L’objectif des soins palliatifs est de faire disparaître la souffrance mais pas la personne qui souffre.
Toute notre société est orientée vers l‘efficacité et l’utilité : il est nécessaire de respecter et soutenir les personnes qui, à certains moments de la vie, ne se sentent pas "utiles".
Développer en France une culture des soins palliatifs