Un monde plus inclusif grâce à la culture et la lecture. Avec Philippe Le Squeren

Les philanthropes en action #3

Un monde plus inclusif grâce à la culture et la lecture

avec Philippe Le Squéren, président du fonds de dotation Kiléma

Quelle est l’origine de votre engagement ?

Le projet KILEMA est familial. Cécile et moi sommes parents de 4 enfants. Nous avons créé le Fonds de dotation KILEMA en 2022 pour pallier un manque d’offre culturelle adaptée pour notre dernière fille Lucie, aujourd’hui âgée de 19 ans et porteuse d’une trisomie 21.

Depuis sa naissance, nous avons été confrontés à de nombreux problèmes d’accès aux droits (école, santé, accessibilité, etc.), mais aussi à la culture, au livre et à la lecture en général. Résultat : elle ne connaît aucun des classiques de la culture populaire, contrairement à ses frères et sœurs (Antoine, Zoé, Gabin).

Dès lors, comment envisager une inclusion réelle sans partage culturel ?

Cécile est traductrice et linguiste, tandis que je suis ingénieur et chef d’entreprise. En 2022, grâce aux fruits de la cession d’une entreprise créée 10 ans plus tôt, nous avons décidé d’agir pour un monde inclusif par la culture. Le projet s’appellera KILEMA, qui signifie "handicap" en malgache.

Dès le départ, le projet a été très ambitieux et a voulu s’inscrire dans une démarche holistique avec tous les acteurs de l’inclusion en France : associations, fondations, pouvoirs publics, collectivités locales, entreprises. Nous voulons prendre notre part et apporter la pièce du puzzle que nous connaissons et pouvons construire, mais nous pensons également que chacun peut faire sa part à la hauteur de ses capacités.

Je suis convaincu depuis longtemps que l’on ne peut rien faire seul.
C’est pourquoi nous avons créé plusieurs structures distinctes avec la transparence maximale comme étendard :
- un Fonds de dotation (KILEMA fonds de dotation),
- une maison d’édition commerciale détenue par ce fonds (KILEMA Editions),
- et une association (KILEMA Tiers Lieu).

 

 

Qu’est-ce que KILEMA peut apporter à l’inclusion ?

Lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée, le 1er octobre dernier, M. Barnier a évoqué le 5e chantier de son gouvernement : la fraternité, notamment pour le handicap. Il a dit : « La fraternité, c'est aussi développer une politique culturelle accessible à tous… ». Chez KILEMA, c’est exactement ce que nous pensons.

La culture est essentielle à l’émancipation, à la liberté de pensée et donc à l’inclusion dans une société hiérarchisée et complexe. Le Premier ministre a ajouté : « L’accès à la culture est à la fois un facteur essentiel d'ouverture personnelle, une condition pour faire progresser l'égalité des chances et l'un des ciments de notre lien social. » Tout est dit !

Avec KILEMA, nous avons décidé de le faire !

D’abord, avec la maison d’édition KILEMA Éditions, nous traduisons et éditons un maximum d’ouvrages de la littérature classique en FALC. À ce jour, nous avons édité   « Les trois Mousquetaires », « L’étranger », « Cyrano de Bergerac », « L’histoire de l’impressionnisme » en partenariat avec le Musée d’Orsay et une vingtaine d’autres titres classiques, jeunesses et contemporains à découvrir sur www.kilema.fr. Il en reste des milliers à faire…

Nous avons aussi choisi de porter cette culture auprès des personnes présentant des troubles du neurodéveloppement, comme la trisomie, et de nous rapprocher des publics en implantant, au cœur des cités, des Tiers Lieux culturels et inclusifs. Le cœur de chaque Tiers Lieu est une librairie innovante, un espace de conseil et d’innovation.

Le travail est immense, mais avec le conseil d’administration et tous nos partenaires, nous sommes déterminés à réussir. Un livre traduit en FALC nécessite 8 mois de travail et 30 k€ d’investissement. Un Tiers Lieu, c’est 400 k€ d’investissement et 300 k€ de fonctionnement annuel.

Comme tout cela est indispensable, nous allons le faire.

Le FALC, c’est quoi ?

Le FALC (Facile à Lire et à Comprendre) est une méthode de rédaction et d’adaptation des informations pour rendre les textes accessibles aux personnes ayant des difficultés de compréhension.

À l’origine, le FALC était surtout utilisé pour simplifier des documents administratifs, juridiques ou de santé, dans une démarche inclusive. Le FALC a été normalisé en 2009 au niveau européen avec la norme ISO 21801-1.

Le FALC est aussi un processus qui implique la traduction d’un texte par un professionnel formé, puis une relecture par des personnes en situation de handicap. Cela permet non seulement de rendre la culture accessible, mais aussi d’offrir des emplois à des personnes en situation de handicap intellectuel, dans des tâches intellectuelles qui ne peuvent être remplacées.

KILEMA Éditions a ajouté un ensemble de règles spécifiques d’écriture, de traduction et de mise en page à la norme européenne pour pouvoir l’appliquer à la littérature.

Qu’est-ce qui est le plus innovant dans votre projet ?

Techniquement, l’édition en FALC pour la littérature existait avant KILEMA. Nous n’avons rien inventé. L’équipe éditoriale de KILEMA, composée de 5 professionnelles salariées et de Cécile bénévolement, a simplement adapté ce concept.

Cependant, nous avons entamé une démarche de recherche et d’innovation pour automatiser certains processus avec une société d’ingénierie internationale. Même si la France est en retard par rapport à la Suède et à l’Espagne, il nous faut créer un marché qui n’existe pas encore. Les librairies et bibliothèques n’accueillent que très peu nos livres, car elles n’ont pas aujourd’hui le public concerné. Nous devons donc créer ce marché en ciblant les accompagnants, les écoles, les associations et les lieux de vie.

Sur le plan organisationnel, nous avons dû innover dans un contexte juridique, réglementaire et fiscal complexe. Nous nous sommes fait accompagner par un cabinet spécialisé en philanthropie (cabinet DELSOL) pour structurer ce projet de collecte, distribution et opération.

Nous cherchons également à changer le regard de la société et à la faire évoluer, notamment en portant un plaidoyer innovant.

Cela fait partie des missions du Fonds de dotation et de son conseil d’administration.

La création de Tiers Lieux hybrides représente également une forme d’innovation. Il nous faut trouver un modèle économique pérenne respectant toutes les contraintes réglementaires.

Mon expérience de chef d’entreprise me montre qu’il est difficile de rentabiliser une activité concurrentielle. Nous devons donc trouver un modèle qui crée de la valeur pour l’ensemble de la société, au-delà du simple aspect comptable.

Cela nécessite la participation de tous les acteurs privés, publics et sociaux. C’est aussi ça l’innovation. Elle se trouve partout, y compris dans le Tiers Lieu parisien (Porte de Clichy, Paris 17), où nous souhaitons faire collaborer différents acteurs autour de l’innovation en communication, par exemple.

Selon vous, quelle place peut prendre la philanthropie familiale dans la société ?

Notre société française repose sur trois valeurs fondamentales : liberté, égalité, fraternité. La philanthropie familiale est étroitement liée à la fraternité. Elle doit être visible sur ce sujet, car elle peut permettre à des projets formidables d’éclore dans les territoires à travers toute la France.

Pour être acceptée et écoutée, elle doit, selon moi, respecter certains principes : la laïcité, l’apolitisme, la transparence, et ne pas se substituer aux fonctions de l’État.

Les fondations et Fonds de dotation familiaux donnent du sens à leurs réussites grâce à des actions philanthropiques, et la société a tout à gagner en favorisant leur action.

Pour que cela fonctionne mieux en France, il faut renforcer la confiance entre tous les acteurs. Je rêve d’un cadre réglementaire qui permettrait de créer des structures comme KILEMA sans multiplier par trois les risques juridiques, financiers et sociaux, comme c’est le cas actuellement avec la création de trois structures à but philanthropique. Sans compter que cela triple aussi les coûts.

Le regroupement des structures philanthropiques familiales, comme au sein d’Un Esprit de Famille, devrait permettre de multiplier les actions, plutôt que de les additionner.

Qu'est-ce que vous apporte le Cercle Handicap d’Un Esprit de Famille ?

Il y a un peu plus d’un an, j’ai été convaincu de rejoindre Un Esprit de Famille pour les échanges et les rencontres. C’est ce que j’y ai trouvé, mais bien plus encore. J’ai ressenti une volonté sincère d’agir, avec une grande liberté de parole dans un contexte très convivial, et c’est important.

Chaque fondation ou fonds de dotation a son histoire et ses compétences, voire une expertise unique. Les discussions sont toujours très enrichissantes, avec une volonté évidente de faire avancer une cause rapidement.

Le thème de l’inclusion et du handicap est très vaste et touche finalement tous les aspects de la vie en société.

Je suis convaincu que la philanthropie familiale est encore en construction en France. Il faut avancer avec conviction et transparence, mais il faut avancer. Les projets ont besoin de cette philanthropie à toutes les étapes de leur vie : émergence, déploiement, essaimage, exploitation.

Il n’y a pas de phase où la philanthropie familiale ne peut pas s’enrichir et soutenir les projets.

Culture et inclusion sociale

Quel est le point commun entre l'Hôtel de Caumont,
le peintre nabi Pierre Bonnard
et l’inspirante fondation familiale Denibam ?

(Réponses possibles et à choix multiples)
Aix en Provence : en effet mais facile.
Le soleil : il y en avait ce jour-là, tant mieux.
Le sujet culture et philanthropie : sans aucun doute !

Explications en images et dans le texte !

Philanthropie et inclusion sociale par la culture

Cette semaine, les membres Un Esprit de Famille Sud se sont réunis à Aix-en-Provence pour échanger sur le thème «Philanthropie et inclusion sociale par la culture».

Une rencontre organisée à l’initiative de l’un de nos membres très engagé sur cette cause d’intérêt général, la Fondation DENIBAM, en partenariat avec le fonds de dotation Culture pour l’Enfance et le soutien des délégués régionaux Un Esprit de Famille Sud.

Pour la petite histoire, l'Hôtel de Caumont, aujourd'hui renommé Caumont Centre d'Art, a été construit en 1715 dans le tout nouveau quartier Mazarin. Exceptionnel par son architecture et ses jardins en plein centre-ville, cet hôtel particulier est aujourd’hui un centre d’art qui accueillait, lorsque nous y sommes allés, l’exposition « Bonnard et le Japon ».

Comment la culture peut-elle aider les jeunes enfants les plus fragilisés à se sentir moins exclus ?

Quelques éléments de réponse ont été apporté par ce duo qui œuvre ensemble depuis 2016.

Premier acteur français pour l’accès à l’éducation culturelle et à la pratique des arts pour les enfants les plus fragilisés, le fonds de dotation est actif dans le Sud de la France depuis près de 10 ans.
Il y développe des programmes innovants d’éducation artistique et culturelle adaptés aux jeunes avec handicaps, aux enfants malades et hospitalisés mais aussi à destination de jeunes en situation d’exclusion. Ses actions vont de la médiation culturelle dans les lieux de culture à la pratique artistique.
Dans ce cadre, 2500 enfants bénéficiaires sont accueillis chaque année à l’Hôtel de Caumont.

Du côté de la fondation familiale DENIBAM créée en 2012, son engagement s’articule autour de 3 axes :

  • enfance et éducation,
  • insertion et développement territorial,
  • santé.

Donner accès à l'art

Lorsque la Fondation rencontre Culture pour l’Enfance en 2016, elle décide de soutenir ses projets destinés à faire grandir les enfants en leur donnant accès à la beauté et à l’art.

Cet accompagnement extra-financier & financier pluriannuel garantit une pérennité des actions menées et aussi plus de sérénité pour les équipes.

Pour la co-fondatrice de DENIBAM, « Aller assister à des ateliers en classe ou des visites à Caumont permet de donner vie aux projets que je soutiens et ça me donne encore plus de motivation à continuer, car je vis l‘impact en direct ! C’est plus parlant pour moi que des chiffres dans un dossier. ».
Et de conclure : « cette démarche philanthropique nous permet d’être acteur dans la société, d’y faire de belles rencontres et de coopérer à de belles actions. Mais surtout cela donne du sens à notre chance ! ».

Une belle journée d’échanges et de découvertes qui s’est terminée par le plaisir de découvrir (ou de re-découvrir) le peintre Bonnard et l’influence de l’art du Japon sur son œuvre. Une exposition qui permet de montrer comment Bonnard – celui que l’on surnommait autrefois le « Nabi très Japonard » – a intégré dans son traitement de l’espace, du temps et du mouvement, l’esthétique de l’art japonais, pour créer des œuvres en rupture avec le naturalisme et l’impressionnisme.

Pierre Bonnard avait lui aussi envie de donner du sens à son art pour les générations futures. Il a déclaré quelques jours avant de mourir « J’espère que ma peinture tiendra. Sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon ».

En 2024, son message nous est bien parvenu et donne des ailes aux philanthropes que nous représentons au sein d'Un Esprit de Famille.

Les actualités de septembre 2024

Les actualités d'Un Esprit de Famille

    EVENEMENTS A VENIR RESERVES A NOS MEMBRES

    • A Nantes, mardi 8 octobre 
      Rencontre des fondateurs de la région ouest 
      La philanthropie familiale et intergénérationnelle : comment la construire et oeuvrer ensemble ? 
      Avec le témoignage de deux générations de familles fondatrices de l'ouest.

    • A Paris, lundi 14 octobre 
      Regard de philanthrope : Daniel Sachs
      Démocratie : pourquoi et comment s'engager en tant que philanthrope ?
      En partenariat avec la Banque Transatlantique et la fondation Multitudes.

    RETOUR SUR NOTRE SOIREE DE RENTREE

    • Salle comble le 16 septembre chez Mediawan, que nous remercions pour leur accueil, à l'occasion de notre soirée de rentrée.
      Un thème en écho aux JOP Paris2024, "Comment les philanthropes s'engagent aux côtés des associations pour promouvoir l'impact social du sport ?".
      Un chaleureux merci à Sophie Lacoste (fondatrice du fonds Porosus) et Deza Nguembock (fondatrice de Ahadi Foundation) pour leur précieuse contribution, ainsi qu'à nos formidables intervenants :

      NOS CERCLES & GROUPES DE REFLEXION

      • Le Cercle Insertion est co-animé par la fondation Acome et la fondation Cassiopée. Il a pour but d'échanger et de soutenir des associations en France dans le domaine de l'insertion et de la réinsertion par le biais de la formation et l'accompagnement de publics défavorisés ou éloignés de l'emploi.
      • Le Cercle Handicap est co-animé par HappyCap foundation et Ahadi Foundation. 
      • Le Cercle Environnement est co-animé par le fonds Yes Futur et le fonds Astrolabe.
      • Le Cercle Weber soutient collectivement des associations dans le domaine de l'éducation.
      • Le Cercle Culture co-finance un projet autour de la culture et du handicap à travers 6 structures philanthropiques et en partenariat avec le Théâtre National de Bretagne.
      • Le Cercle Vulnérabilité approfondit chaque trimestre un sujet.
      • Le Cercle Citoyenneté travaille sur des problématiques en lien avec le vivre-ensemble.
      • Le Groupe New Gen réunit la nouvelle génération de philanthropes entre 25 et 40 ans dont les perceptions et les formes d'engagement peuvent différer de celles de leurs aînés.

        Les actualités des membres d'Un Esprit de Famille

        • Découvrez le 1er numéro de notre série "Les philanthropes en action" avec Bernard Jambon, président - fondateur du fonds Égal Accès, qui promeut notamment les valeurs d’insertion professionnelle, sociale et citoyenne du sport pour les jeunes.
        • Le fonds VAUBAN, membre du Cercle Citoyenneté, organise un petit-déjeuner mardi 8 octobre : "De l'inspiration naît l'action".

          Frédérique Bedos présentera le Programme Écoles Imagine, un parcours éducatif innovant à destination des élèves de la maternelle au lycée autour des thématiques de citoyenneté et de développement durable.

        • La fondation AMIPI organise une conférence sur "L'insertion de personnes en situation de handicap au sein d'usines apprenantes" jeudi 28 novembre de 19h00 à 22h30.

          Adresse : 9 bis Boulevard de Valmy, Colombes.
          >>> Inscription ICI.

        • Lors de la dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, Pascal Vinarnic, fondateur de la fondation Demeter, a présenté des exemples d'initiatives pilotes pour donner aux personnes sortant de prison les moyens de s’insérer économiquement et socialement. Retrouvez le compte-rendu et le podcast de son intervention.
        • Le fonds de dotation Horizon(s) vient de lancer son site Internet.
        • Bienvenue à Clémence Latournerie, nouvelle directrice du fonds Choeur à l'ouvrage, en remplacement de Lorraine Vincenot, aux côté de sa fondatrice, Sabine Masquelier.

        Les actualités de l'écosystème

        ► Actu juridique par le Centre Français des Fonds et Fondations
        Analyse du décret du 5 juillet 2024 portant dématérialisation et simplification des procédures applicables aux organismes philanthropiques.

        ► Prochains événements de la Chaire Philanthropique de l'ESSEC

        • 1er octobre 2024 : Rencontre avec le journaliste Anand Giridharadas, auteur du best-seller « Winners Take All » (2018) à la Maison des ESSEC.
        • 5 novembre 2024 : Conférence « Philanthropie et transition juste » avec le professeur Michael Obersteiner (Oxford University) à l’Académie du Climat.

        ► Fondation Terres Solidaires 

        ► Collectif Racines
        Webinaire le 17 octobre de 8h45 à 10h15 "Inventer Demain : Vers une Philanthropie Fondée sur la Confiance"Pour s'inscrire.

        Lire Ecouter Voir

        • Un Français sur deux serait donateur, tandis que nous comptons plus de 12 millions de bénévoles. Qui sont-ils ? Par quoi sont-ils motivés ? 
          Deux sources de décryptage.
        • Podcast de la Chaire Philanthropique de l'Essec : "Les dérives ploutocratiques de la philanthropie aux Etats-Unis".
          Dans quelle mesure la philanthropie nord-américaine bénéficie-t-elle vraiment aux inconnus, c’est-à-dire aux personnes que les donateurs ne connaissent pas ?

        La solidarité internationale a plus que jamais besoin de la philanthropie

        Les philanthropes en action #2

        La solidarité internationale a plus que jamais besoin de la philanthropie

        avec Christian Raymond, président du fonds de dotation Partenaires Solidaires

        Le fonds de dotation PARTENAIRES SOLIDAIRES, membre Un Esprit de Famille, a été créé par Christian RAYMOND en 2011. Il participe au financement de projets initiés par des associations de solidarité internationale, notamment ceux de l'Association PARTENAIRES, Artisans de l'Humanitaire également fondée par Christian RAYMOND, en 1990, qui agit au Bangladesh, au Malawi, en Tanzanie, en Equateur et en Haïti.

         

        Quel est a été le déclencheur de votre aventure philanthropique et pourquoi avoir choisi d’agir à l’international ?  

        A l’âge de 17 ans, découvrir la création d’un Service National en Coopération à l’étranger m’a soudain montré qu’il n’était pas irréaliste de vouloir aider des communautés lointaines. 

        J’ai alors choisi de m’engager dans la solidarité internationale motivé par un désir de justice et la volonté altruiste d’aider des populations beaucoup moins favorisées que la nôtre. Dans les pays où nous agissons il n’existe ni retraite, ni protection sociale … et les besoins sont immenses pour accompagner les plus vulnérables. 


        Vous êtes engagés depuis plusieurs années, quels sont les principaux changements que vous avez pu constater sur le terrain ?
         

        Ils sont très différents selon les pays.  

        Au Bangladesh, où nous menons notre principal projet, nous avons vu la situation économique du pays peu à peu progresser fortement, et le niveau de vie des gens s’améliorer régulièrement. La situation politique y est à présent moins conflictuelle, mais aux dépens de la démocratie qui s’est dégradée. Cependant presque tout va mieux. 

        En Birmanie, c’est le contraire depuis le génocide des Rohingyas mi-2017 perpétré par ce peuple bouddhiste et si amical… Puis le coup d’Etat militaire début 2020 a ramené les Birmans à leur passé de guerres, de dissentions et à leur retard économique : là, tout a régressé.  

        Dans nos autres pays d’activité, notre expérience est encore trop récente pour nous permettre de caractériser l’évolution. 

         Parlez-nous de 2 ou 3 projets qui vous tiennent particulièrement à cœur

        Au Malawi, nous avons vu notre singulier projet ‘Don de chèvres’ améliorer le sort de paysans âgés et très pauvres, auxquels nous avons remis une chèvre contre la promesse de faire don du premier chevreau né à une autre famille démunie. Avec le petit troupeau constitué en trois ans, ils sont à l’abri des coups durs, et se voient mieux considérés par les autres. 

        En Equateur, le Foyer social que nous aidons régulièrement depuis six ans a ainsi pu tripler le nombre d’enfants et d’adultes, tous en situation précaire, que nourrit, aide et soigne la Fondation Jonathan, notre partenaire.

        Au Bangladesh, les enfants que nos deux Foyers ont arrachés à la rue, recueillis et instruits, réduisent progressivement leur handicap de départ et entament avec succès leur vie familiale et professionnelle. 

        En Birmanie, notre aide après le désastreux cyclone Nargis de mai 2008 (deux millions de sinistrés et 240 000 morts) a vite ramené en classe plusieurs centaines d’enfants que leurs parents sinistrés avaient renoncé à inscrire dans la dizaine d’écoles de notre région : ils n’y seraient jamais revenus, nous avaient alors confirmé les experts sur place de l’UNICEF, admiratifs d’une telle réactivité à la conjoncture ! 

          Quels sont aujourd’hui les enjeux de la solidarité internationale et comment des philanthropes comme vous peuvent-ils contribuer à y répondre ? 

          Suite aux crises en Occident (pandémie, inflation, désillusions, effets de la mondialisation), la solidarité internationale est en baisse*. En France, une majorité de l’aide se concentre sur les actions menées sur notre territoire, ou est affectée à des causes spécifiques que nous espérons provisoires (catastrophes naturelles, guerres). 

          Nous nous sentons isolés et nos maigres fonds propres ne voient plus jouer l’effet de levier qui permettait d’en multiplier l’effet. Nous avons l’habitude de nous engager seuls, mais nous étions assurés que devant le succès initial de tous nos projets, des bailleurs allaient suivre et continuer à les développer. C’est de moins en moins en moins le cas. Pourquoi ne pas répartir la générosité des Français entre les causes nationales - que soutiennent nombre d’associations et d’organismes publics - et les internationales ?

          Il est essentiel de redynamiser l’intérêt pour l’international car les enjeux sont immenses.

          En effet, le développement des pays pauvres est susceptible de contribuer à réduire une émigration économique actuellement irrépressible, vu les énormes différences de niveau de vie et de protection sociale entre notre monde et le leur. 

          Aussi, le Fonds de dotation PARTENAIRES SOLIDAIRES finance des actions d’éducation, d’assainissement et de développement pérenne, qui contribuent à former et à retenir dans leur pays des jeunes rendus aptes à s’y intégrer et à s’y assurer un avenir autonome et plus serein.

          Nous continuons d’espérer qu’une prise de conscience s’opère et après 35 ans d’actions sur le terrain, nous restons plus que jamais mobilisés et ne baissons pas les bras.  

          *Notre confrère Solidarités a écrit : "Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, pour la première fois depuis 2010, en 2023 les financements humanitaires ont diminué. Il a manqué presque 37 milliards de dollars par rapport aux besoins, à peine 35 % des financements requis ont été reçus. C'est le plus bas ratio par rapport aux besoins jamais enregistré. Cela met en péril la capacité des organisations humanitaires à répondre aux besoins des personnes touchées par les crises. Le manque de ressources en eau, en assainissement et hygiène et en sécurité alimentaire a exposé les populations à un risque accru de maladies et de famine à cause des coupes dans les distributions de rations alimentaires ou d’eau potable. Les crises sous-financées sont plus difficiles à gérer, peuvent entraîner des conséquences plus graves et développer des 'sur-crises'. Deux personnes dans le besoin sur cinq seraient laissées sans assistance ; c’est le pourcentage le plus bas jamais atteint pour l’aide humanitaire coordonnée par les Nations Unies."

           

           

            Promouvoir les valeurs du sport auprès des jeunes. Avec Bernard Jambon

            Les philanthropes en action #1

            Promouvoir les valeurs du sport
            auprès des jeunes

            avec Bernard Jambon, président-fondateur
            du fonds de dotation Egal Accès

            A quelques jours de l’ouverture tant attendue des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024, nous inaugurons notre série de portraits « Les philanthropes en action » avec Bernard Jambon, président - fondateur du fonds de dotation Egal Accès, membre Un Esprit de Famille, qui promeut notamment les valeurs d’insertion professionnelle, sociale et citoyenne du sport pour les jeunes.
            Parce qu'au-delà du plaisir, de la recherche de performance et de l'émotion procurée par les grandes compétitions internationales, le sport constitue aussi un formidable levier d'impact social.

             

            Quel a été le déclencheur de votre aventure philanthropique ? 

            Le sport a toujours eu pour moi un rôle important et même moteur dans ma vie ; il a fait partie intégrante de mon éducation. Plus spécialement le sport collectif et ses valeurs qui dénotent dans un monde marqué par l'individualisme. Elles ont marqué et influencé toutes les étapes de ma vie d'entrepreneur.

            Plus que jamais, j'estime que l'avenir de nos enfants est une question de valeur(s). La culture des valeurs morales leur permettra de devenir des adultes cohérents. C'est cette réflexion qui m'a décidé, à la vente de mon groupe d'entreprises, à créer un Fonds de Dotation baptisé Egal Accès dédié à l'accès à l'éducation pour tous et à la promotion des valeurs du sport.

            Quels sont les grands axes de votre fonds de dotation ?

            Égal Accès agit pour promouvoir l'égal accès de tous les enfants à l'éducation et à la scolarité par des actions de soutien scolaire et d'insertion au profit de familles défavorisées. Égal Accès a également pour mission la défense des valeurs du sport, outils d'insertion professionnelle, sociale et citoyenne des plus jeunes dans les clubs et dans les écoles.

            Des actions menées à travers des projets éducatifs, en partenariat avec des structures existantes. Avec l'appui de nos outils pédagogiques et de plus de 1200 projets éducatifs mis à disposition des associations dans la Bibliothèque numérique AIDUC, que nous relayons et partageons sur les réseaux sociaux.

            Nous avons aussi notre propre programme de soutien scolaire en distanciel (Clic Class) et en présentiel. Nous travaillons en partenariat avec la Ligue de l'enseignement, le Comité français du fair-play, et la Fondation Lachmann.

            Pourquoi, en tant que philanthrope, avez-vous choisi de lancer le programme Merci le Sport ?  

            J’ai développé mes sociétés d'études dans le domaine médical et de recherche clinique, en choisissant de mettre en pratique dans ma vie professionnelle les valeurs du sport que j'ai pu acquérir et cultiver lors de ma carrière de basketteur de haut niveau en France et en Angleterre. Ces valeurs ont marqué toutes les étapes de mon parcours, de la création de ma 1ère société en 1974 jusqu'à la vente de mon groupe il y a 7 ans.

            A l'initiative d'un Comité d'anciens internationaux qui ont réussi leur vie pro et leur carrière, j'ai constaté que la recherche de la performance et de l'argent éclipse souvent la culture de ces valeurs. Avec parfois un comportement déplacé de parents, de dirigeants, de supporters, qui se traduisent par des actes d'incivilités voire de violences sur les terrains ou de harcèlement sur les réseaux sociaux. Or, la réussite sociale et professionnelle est un enjeu majeur dont le sport peut être un puissant levier.

            Je définis notre programme Merci Le Sport par un credo : pour réussir, nous avons tous besoin de ces valeurs pour s’insérer de manière pérenne dans la société que l’on soit un jeune des quartiers ou un brillant sportif.

            Soutenons et partageons les expériences ! Ce programme intéresse les clubs sportifs, les collèges, les lycées et également les financeurs (fondations, fonds de dotation, entreprises, collectivites locales, organismes de collecte de dons et de crowdfunding).

              Comment définiriez-vous les points clés de Merci le Sport

              "Profitez de l’expérience des uns et des autres pour valoriser, développer et essaimer des projets."

              Merci le Sport est un programme ambitieux. Il comprend notamment une plateforme numérique, "Merci le Sport", mettant en lumière une quarantaine de projets, dont l'ADN est le développement des valeurs du sport, de l'insertion et de l’inclusion par le sport.

              Les projets sont auparavant validés par un Comité des Valeurs, animé par d'anciens sportifs, souvent internationaux dont Eric Bouvier (volley), Laurent Munier (handball), Muriel Hurtis (athlétisme), Isabelle Fijalkowski (basket) et Jean-Marc Lhermet (rugby).
              Une grille de sélection permet d'évaluer les projets. Des crières qualitatifs précisent les valeurs développées, le potentiel d'évolution, la fiabilité et les capacités d'ouverture du management, l'envergure et le potentiel de développement, l'originalité et la pertinence.

              Au-delà de cette quarantaine de projets, nous mettons à disposition de nos utilisateurs une base de données répertoriant à ce jour 360 projets similaires.

              Merci le Sport comprend également une rubrique actualités, alimentée quotidiennement, et un club de supporters-correspondants, porteurs d'une carte de membre à vie, qui participent concrètement à la promotion de notre plateforme et à sa communication. Ils peuvent télécharger nos différentes ressources sur mercilesport.fr

               

                Quelles sont les prochaines étapes de Merci le Sport

                Nous avons déjà de nombreux contacts avec des projets s'intéressant à l'éducation et l'insertion par le sport dans d'autres pays et nous envisageons de les référencer dans notre base de données.

                Nous travaillons également sur une véritable charte des valeurs qui permettra l'attribution d'un label décerné aux clubs, dans chaque région.

                Nous avons débuté une série de webinars et de forums de discussion toujours menés dans cet objectif de partage de moyens et d'expériences.

                Enfin, l'expertise de notre Comité des valeurs, la création d’un comité de pilotage, la richesse de nos data et notre traitement de l'actualité sportive à travers le prisme des valeurs doivent nous permettre d’atteindre ces objectifs.

                Quelles sont les valeurs que vous partagez tout particulièrement avec Un Esprit de Famille ? 

                Ce qui nous rapproche d’Un Esprit de Famille, c'est d'abord la philanthropie. Notre programme Merci le Sport privilégie de manière désintéressée le partage des expériences, des méthodes et des outils. Unemise en commun de solutions et de mieux se comprendre, sans rechercher des avantages financiers particuliers. Cela nous enrichit mutuellement car nous rencontrons des philanthropes mais aussi des associations ayant une vision proche de la nôtre.

                Par ailleurs, le sport met en jeu de véritables questions éducatives : la place du corps, la santé bien évidemment, l’exigence et le dépassement de soi. Mais aussi l’apprentissage, la collaboration, le travail en groupe et l’encouragement à l’autonomie.

                Merci le Sport partage avec Un Esprit de Famille quelques valeurs sportives clés :  l'esprit d'équipe, l'exemplarité, l'humilité, le respect, la persévérance, la passion, l'intérêt pour la différence, sans oublier le sens de l'engagement. Des valeurs universelles qui guident nos actions.

                Un Esprit de Famille
                Résumé de la politique de confidentialité

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