La fondation AMIPI reçoit le prix de l’entrepreneur
de l’année Ernst & Young sur l’engagement sociétal

Pour sa 26è édition, ce Prix de l’Entrepreneur de l’Année pour la région Ouest a été remis en septembre 2018 au président de la fondation AMIPI – Bernard VENDRE, Jean-Marc Richard pour distinguer toutes les usines apprenantes et inclusives des Pays de Loire et Centre Val de Loire créées par la Fondation.

Maryse Vendre, cofondatrice de la fondation, Jean-Marc Richard, président, et Doriane Pastor, directrice de l’usine apprenante et inclusive de Nantes Métropole ont mis en lumière les grands principes de la fondation :

  1. le refus d’installer les gens dans le handicap ;
  2. le coût du travail doit toujours être privilégié à celui du non travail. Il est essentiel de bâtir un social responsable qui ne scarifie pas, par la dette excessive, celui des générations futures ;
  3. l’industrie et ses usines offrent de formidables opportunités pour développer simultanément les personnes et de bons produits.

Pour en savoir plus : Lisez Le travail qui guérit sur l’« expérience AMIPI », rédigé par le professeur et neuropsychiatre Jean-Michel Oughourlian. Pendant plusieurs mois, il s’est immergé au cœur des usines apprenantes d’AMIPI. Son constat ? Chacun des opérateurs, porteur de handicap cognitif, progresse et développe ses capacités et son autonomie grâce au travail.

Succession et gouvernance dans les fondations familiales

La transmission aux enfants ou autres membres de la famille du fondateur est un thème majeur pour les fondations familiales. Comment organiser la gouvernance de la fondation pour qu'elle ne soit pas excessivement dépendante du président fondateur ? Comment transmettre une fondation pour qu'elle ne soit pas perçue comme un devoir pour les héritiers mais plutôt une opportunité ?

Le 29 mai 2018, une vingtaine de fondations membres d’Un Esprit de Famille se sont réunies autour de six fondations qui ont partagé leur expérience. La réunion se tenait chez la plus ancienne d'entre elles, la Société philanthropique, créée en 1780.

 

Trois fondations animées par leurs fondateurs
Fondation Brageac : nous avons transmis le "virus" de la philanthropie dans la famille

Isabelle Bouzoud, présidente : fondation de flux créée en 2006, hébergée à la fondation Caritas, la fondation Brageac rassemble notre famille au sens large, composée de nombreux cousins. Nous soutenons des projets de solidarité en France et l’international : éducation, formation, insertion, lutte contre l’exclusion.

Les membres de la famille fondateurs se sont engagés durablement pour pérenniser la fondation. D’autres sont donateurs : en tant que fondation de flux, nous ne vivons que des dons des membres de la famille ; c’est un aiguillon pour être exigeant et efficace afin de les motiver. Nous essayons d’impliquer la jeune génération (20-40 ans) pour qu’elle assiste aux comités de sélection des projets. Ces jeunes sont très sollicités par ailleurs mais fiers du travail effectué au nom de la famille. Certains membres de la famille ont créé 3 autres fondations et un fonds de dotation pour des projets particuliers : c’est une tradition familiale bien ancrée.

Gouvernance

Le comité exécutif est composé pour moitié de membres de la famille, pour moitié de personnes qualifiées qui ont une expérience dans le domaine associatif. Ces dernières nous évitent de mettre trop d’affect dans le choix des projets et nous obligent à être rigoureux.

Je parlerais plutôt de transmission que de succession : nous avons transmis le « virus » de la philanthropie à la génération suivante. Les jeunes sont intéressés mais pas encore acteurs : ils feront sans doute différemment de ce que nous faisons, comme nous avons agi différemment de nos prédécesseurs.

Fondation Lemarchand : chaque membre de la famille est rapporteur de projets à défendre

François Lemarchand, fondateur : en même temps que l’entreprise Nature et Découvertes, j’ai créé en 1991 la fondation Nature et Découvertes en y reversant 10 % des bénéfices de l’entreprise. Sa mission est la protection de la nature et l’éducation à la nature. Il y a 6 ans, mon fils est devenu président de la fondation en même temps que président de l’entreprise. La fondation est maintenant complètement prise en mains par le personnel de l’entreprise, qui apporte des projets de terrain : c’est un outil formidable de fierté et de sens.

Avec ma femme, nos 4 enfants et leurs conjoints, nous avons également créé la fondation familiale Lemarchand il y a 10 ans sur le thème des relations des hommes et de la Terre. Ma fille en est la directrice. Nous soutenons l'agriculture respectueuse de la nature, des jardins d’insertion, des jardins dans les hôpitaux… et des associations activistes, par exemple sur les perturbateurs endocriniens, la protection des océans. Nos enfants et leurs conjoints, mon épouse et moi-même nous rendons sur le terrain. Les projets sont préparés en amont par les 3 permanents de la fondation puis chacun de nous est rapporteur de 2 ou 3 dossiers à défendre, au cours de 2 sessions par an. Le processus de décision démocratique donne lieu à des discussions passionnantes.

Fondation Cécile Barbier de La Serre : devenir un ciment familial

René Barbier de la Serre, fondateur et président : créée en 2004 par ma femme et moi-même, notre fondation reconnue d’utilité publiques (FRUP) dispose d’une dotation définitive qui procure des revenus de 400 000 € par an pour financer des projets qui répondent aux besoins élémentaires des jeunes enfants très défavorisés.

J’ai donné à la fondation le nom de ma mère avec le désir de perpétuer son esprit de générosité. J’aimerais que la fondation devienne un ciment familial et, n'ayant pas d’enfant, que mes neveux et nièces se sentent concernés. La fondation familiale est un substitut aux propriétés familiales qui disparaissent progressivement.

Gouvernance

Nous avons un statut un peu particulier : la majorité du conseil d’administration est familial, ce qui aujourd’hui est très difficile à obtenir dans une FRUP. Il comprend 12 administrateurs, dont 7 de la famille et 5 nommés par les 7. Jusqu’à il y a un an, le conseil était composé par mes frères et sœur et des personnalités qualifiées. Depuis 5 ans, nous avons recruté une déléguée générale, j’ai investi dans un local pour faciliter la transmission. Je ne suis plus la seule référence, la fondation devient celle de mes neveux et nièces. Au conseil, mes frères et sœur ont été remplacés par leurs enfants, qui ont une quarantaine d’années. Ils commencent à susciter des projets et à être actifs.

Une fondation en phase de transmission à la troisième génération
Fondation Hippocrène : 3 générations coexistent dans le conseil de la fondation depuis sa création

Michèle Guyot-Roze, vice-présidente : la fondation Hippocrène a été créée par mes parents, Jean et Mona Guyot en 1992, sous forme de FRUP. Sa mission : les jeunes et l’Europe. Nous finançons des projets qui permettent à de jeunes Européens de se rencontrer et d’agir ensemble dans les domaines de l’éducation, de la culture ou de l’humanitaire. Ce sujet est devenu important et urgent.

Présidente de la fondation pendant 10 ans avant Alexis Merville, mon neveu, j’avais le sentiment qu’il m’était difficile de me renouveler : il faut alors passer la main. Alexis a toujours participé très activement à la définition de la stratégie de la fondation, à la gestion des fonds, à la sélection des projets. Nous sommes très contents de la passation, qui s’est effectuée progressivement, il y a un an et demi. Il faut avancer dans un équilibre fragile.

Alexis Merville, président : la majorité du conseil d’administration est constituée de membres de la famille. Depuis sa création, trois générations y coexistent. Chaque membre de la famille peut devenir ambassadeur du projet familial. Les projets nous parviennent par le site Internet. Les membres du conseil donnent leur avis ; in fine le Bureau décide, dans le respect des avis donnés. Il est indispensable de créer les conditions d’un vrai débat, où tous s’expriment, avant la décision finale du président. Il n’y pas de "statue du commandeur" devant laquelle tout le monde s’incline ! Les discussions à 3 générations sont en fait plus faciles qu’à 2 générations ; et c’est possible de s’engager dès l’adolescence. La directrice non salariée de la Fondation est ma sœur, Dorothée Merville. Le Cercle des Amis de la fondation, créé en 2011, est présidé par les conjoints de Michèle et moi-même. Il est important que les conjoints aient leur place : l’engagement dans la Fondation, en plus de la vie professionnelle et familiale, suppose une adhésion de toute la cellule familiale.

Deux structures centenaires 
Fondation Cibiel Lannelongue : 1300 descendants des fondateurs sollicités

Guy de la Martinière, président : notre histoire commence avec un oncle et une tante, Odilon Lannelongue et Marie Cibiel, qui furent très généreux dans leurs dons aux personnes défavorisées ; ils ont notamment créé en 1892 un foyer à Clichy pour les jeunes filles en grande difficulté. En 1949, ce foyer fusionna avec Le Nid, dont la mission était d'aider les personnes en situation de prostitution. Après 1968, l’association Cibiel Lannelongue a été recréée et s’est séparée du Nid pour une divergence de valeurs et de gouvernance. Depuis une trentaine d’années, sa mission est de soutenir financièrement et humainement l’association Claire Amitié, qui a créé et gère des foyers d'accueil de jeunes filles en difficulté : 6 foyers en France, 6 en Afrique, 1 au Cambodge, 1 au Brésil. Environ 2000 jeunes filles sont aidées chaque année.

L’année dernière, l’association Cibiel Lannelongue a donné 400 000 € à Claire Amitié par le biais de la fondation Cibiel Lannelongue, abritée par l’Ordre de Malte. Les dons ne proviennent que des descendants de parents de Marie Cibiel : notre fichier en compte 1300 ! Quelques familles amies soutiennent aussi Claire Amitié. Un pique-nique familial est organisé tous les ans, au moment de l’Assemblée générale.

Gouvernance

Dans ses statuts, l’association n’est pas strictement familiale ; son conseil d’administration comprend au moins 4 représentants de la famille, sur 9 membres. Le conseil se renouvelle pour introduire la génération des 30 ans ; nous essayons d’envoyer les jeunes sur le terrain dans les foyers à l’international : c’est ce qui les motive pour continuer à s’impliquer.

La Société philanthropique : nous espérons être toujours là dans 200 ans !

Louis de Montferrand, président : la Société philanthropique est le fruit de 20 histoires familiales. Par exemple, M. de Ladoucette a amassé une grosse fortune sous le Second Empire. Veuve, Mme de Ladoucette s’est intéressée aux jeunes filles ouvrières qui vivaient dans des conditions insalubres. Elle a créé pour elles des activités de soutien regroupées dans une fondation, que ses neveux ont reprise après sa mort. Ils ont légué la fondation à la Société philanthropique pour la pérenniser. 1 ou 2 membres de la famille Ladoucette sont toujours présents dans le conseil d’administration. Nous ne sommes pas des fondateurs mais des transmetteurs… Ce conseil de 20 personnes comprend une dizaine de descendants des donateurs du 19è siècle. Les dix autres membres sont des personnes très qualifiées, des amis qui nous complètent : médecins, financiers, dirigeants d’entreprise, mères de familles nombreuses… Nous avons besoin de leurs compétences et aussi de leur humanité.

Association reconnue d’utilité publique depuis 1839, la Société philanthropique agit dans le domaine médico-social : personnes âgées, handicapées, enfants en placement judiciaire, logements sociaux, un hôpital… Nos prédécesseurs ont légué à la Société philanthropique près de 100 000 m2 en région parisienne, dédiés à ces activités, ainsi qu’un patrimoine financier. Chaque établissement a une histoire, chaque histoire est faite de combats… Pour mener à bien nos activités, nous avons signé des conventions avec l’Etat : une grande partie de notre financement vient de la Sécurité Sociale. Nous nous préparons à chercher les philanthropes d’aujourd’hui pour soutenir la création d’activités nouvelles : par exemple une maison dédiée à 7 personnes en situation de handicap qui vivraient ensemble.

En termes de gouvernance, tout est validé par l’Assemblée générale des 200 membres. Nous cooptons les adhérents parmi nos familles et nos amis. Nous sommes soucieux de préserver notre indépendance et espérons bien être toujours là dans 200 ans !

 

Des clés pour réussir la transmission

  1. Définir des critères stricts dans la sélection des projets pour réduire les choix affectifs et subjectifs.
  2. Les projets sont trop souvent travaillés par l'équipe permanente et imposés par le président. Chaque membre du conseil d’administration peut s’impliquer en allant sur le terrain pour défendre un projet.
  3. Les statuts ouvrent sur une mission large de la fondation mais verrouillez la gouvernance familiale.
  4. Impliquer les conjoints "pièces rapportées" car s'engager dans une fondation prend du temps, c'est un choix de toute la cellule familiale.

Malgré la disparition de l’ISF, la générosité reste la générosité !

La transformation de l’ISF en IFI fragilise la capacité des fondations à trouver, en 2018, les ressources nécessaires à la poursuite de leurs missions sociales. Dominique Dubois, Président de la Fondation Caritas France, appelle les personnes qui bénéficient de ces nouvelles dispositions fiscales à poursuivre leur soutien aux actions des fondations. 

Les fondations et organismes agréés (enseignement supérieur, ESS…) ont collecté 254 millions d’euros en 2016 auprès de 50 000 foyers fiscaux – soit 14 % des assujettis à l’ISF - qui avaient décidé de leur allouer tout ou partie de leur impôt moyennant une déduction de 75 %. Le don fléché vers les actions des fondations a ainsi représenté 5000 € en moyenne par contribuable.

Cette collecte a constitué une part significative, quelquefois majoritaire, des moyens collectés par de grandes fondations opérationnelles ou redistributives. Si le législateur a conservé – grâce à la mobilisation du secteur – le même niveau de déduction fiscale pour l’IFI, l’assiette de l’impôt devrait toutefois, selon les estimations, être divisée par 5 et le nombre de contribuables par 3 ! Aussi, l’argent dirigé vers les actions d’intérêt général menées par les fondations pourrait être divisé par 3, 4, 5 ? Nul ne le sait à ce jour.

De fortes craintes

Une grande inquiétude règne pour les fondations opératrices et redistributives, comme la Fondation Caritas France et ses 94 fondations abritées qui sont les partenaires financiers de nombreuses associations de lutte contre la pauvreté.

Ce monde associatif a déjà été fortement ébranlé par la réduction des emplois aidés, l’impact de la hausse de la CSG sur les retraités donateurs, la suppression de la réserve parlementaire, la baisse des moyens des collectivités, sans oublier les incertitudes liées au futur prélèvement à la source qui insécurise nombre de donateurs.

Un espoir

Plusieurs milliards d’euros de pouvoir d’achat sont rendus aux anciens contribuables ISF qui échapperont à l’IFI et bénéficieront, pour certains, de la fiscalité plus avantageuse du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus des actifs mobiliers.

Un appel 

La Fondation Caritas France, créée par le Secours Catholique, appelle tous les citoyens bénéficiant pleinement de ces nouveaux dispositifs fiscaux à poursuivre leur soutien aux actions des fondations. Pour Caritas, faut-il encore le rappeler, les besoins sont toujours plus importants, pour les 9 millions de personnes vivant en France sous le seuil de pauvreté – moins de 846 € mensuels pour une personne seule – ainsi que les 800 millions de personnes vivant en extrême pauvreté dans le monde : don-ifi. fondationcaritasfrance.org

Panorama des générosités en France

Dons, legs, financements participatifs… Les Français ont de multiples possibilités pour exprimer leur générosité. Les sollicitations plus structurées et professionnalisées des organisations de collecte et le cadre fiscal incitatif sont des facteurs stimulants. Pour mieux comprendre la réalité de cette générosité, l’Observatoire de la philanthropie - Fondation de France publie le premier "Panorama national des générosités"*.

Venue des particuliers – via les dons financiers ou matériels, les legs, le crowdfunding, les quêtes sur la voie publique… – ou des entreprises grâce au mécénat, la générosité privée est estimée à 7,5 milliards d’euros en 2015**. Cette mobilisation est en croissance : depuis dix ans, les Français sont de plus en plus nombreux à déclarer leur générosité, dont les montants sont en hausse, et de nouvelles formes d’engagement se développent.

"Le chiffrage global de la générosité des Français était un objectif ambitieux et novateur. C’est la première fois que tous les acteurs du secteur se réunissent pour mieux comprendre la réalité de ce phénomène aux multiples visages", indique Daniel Bruneau, ancien président de France générosités et auteur de l’étude. "Les donateurs prennent conscience qu’ils peuvent jouer un rôle aux côtés de la puissance publique dans la prise en charge de l’intérêt général", souligne Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire de la philanthropie - Fondation de France.

Non seulement les besoins sont importants – aide aux populations vulnérables, soutien à la recherche médicale ou encore préservation de l’environnement – mais surtout la philanthropie a le pouvoir d’agir différemment, en étant plus agile pour lancer des expérimentations et apporter de nouvelles réponses. Une action complémentaire à celle de l’Etat, encouragée par les possibilités de déductions fiscales.

Les principaux résultats
  • La générosité privée des français représente 7,5 milliards €, soit le budget annuel du Ministère de la Justice.
  • Cette générosité est portée à 61 % par les particuliers et 39 % par des entreprises
  • Les legs représentent 1 milliard € de dons chaque année, soit 23 % à 30 % des produits la générosité privée pour les associations et fondations.
  • Les partis politiques ont reçu 102 millions € de dons en 2015.
  • Les collectes populaires, comme la Croix-Rouge ou les Pièces Jaunes représentent environ 47,5 millions €.
  • Les collectes en nature sont estimées à 39,5 millions €.

*Il est réalisé avec la contribution du CerPhi et en partenariat avec France générosités, l’Association Française des Fundraisers, le Centre Français des Fonds et fondations, Admical, le Don en Confiance et l’Institut des Dirigeants d’Associations et Fondations.

* *En 2015, année la plus récente pour laquelle les chiffres définitifs de l’administration fiscale sont disponibles.

 

Téléchargez la synthèse de l'étude 
L'étude complète sur le site de la Fondation de France 

Repenser l’école en France : quelle place pour les fonds et fondations
dans l’école de demain ?

Plus de 100 000 décrocheurs scolaires par an, de mauvais résultats dans les tests comparatifs internationaux alors que le système scolaire français est l'un des plus coûteux au monde... Ces constats ont incité de nombreux fonds de dotation et fondations privés à agir en finançant des associations qui pallient les manquements de l'école ou des écoles innovantes hors contrat. Les membres d'Un Esprit de Famille se sont réunis le 15 février pour un bilan de leurs actions et réfléchir à en accroître l'impact. Bénédicte Gueugnier, directrice de la fondation Financière de l'Echiquier, animait le débat.

 

Les manquements de l’école : état des lieux
Par Laurent Dupuis, délégué général de la fondation Potentiels et Talents*

La situation se dégrade :

  • 20 % des élèves ont des lacunes importantes en sortant de l’école primaire,
  • plus de 100 000 décrocheurs par an,
  • 60 % des étudiants inscrits dans les universités n’arrivent pas au terme des trois années de licence,
  • le recrutement des professeurs est en difficulté et ils vivent beaucoup de souffrances sur le terrain.

Les « manquements » sont des conséquences de la logique industrielle de massification qui préside depuis plusieurs décennies au pilotage de l’Éducation nationale. La massification des effectifs est intervenue sans anticiper la gestion de la diversité sociale et culturelle qui l’accompagne.

S’attaquer aux causes structurelles des failles de l’éducation permettrait d’engager la « transition éducative ». Quels sont ses fondements ?

  • Adapter le système à l’élève et non le contraire, dans le respect des différences et non l'indifférence.
  • Chaque école est singulière sur son terroir ; elle est le fruit d’un équilibre instable entre les parties prenantes.
  • L’équité au lieu d’une égalité dogmatique : « L’égalité se réalise par la liberté… la véritable égalité surgira de la reconnaissance de la diversité des intelligences. » Jean-Michel Blanquer, Le Point du 8/10/15. L’équité, c’est donner à chacun ce dont il a besoin pour se hisser à la hauteur de ses potentiels.

Le défi est de faire évoluer l’école classique, c’est un enjeu de conduite du changement : d’une école de la réussite "pour tous" à une éducation favorisant l’accomplissement de chacun.

* La fondation Potentiels & Talents, abritée par la Fondation pour l’Ecole, œuvre pour l’épanouissement et le développement durable des potentiels de chacun, y compris des profils « atypiques », en situation de handicap et/ou de « haut potentiel ».

Des solutions en lien avec l'Education Nationale, soutenues par les membres d'Un Esprit de Famille 
Prévenir l'illettrisme : la fondation Scaler et l’association Coup de Pouce

Coup de Pouce vise à favoriser la réussite scolaire pour tous en luttant contre l’illettrisme. Coup de Pouce a accompagné 11 000 enfants dans 1300 écoles en 2015-16. Bénéficiaires : grande maternelle - CP - CE1

Bénédicte Boissonnas, fondation Scaler : "Nous soutenons Coup de Pouce car le monde change très vite et demain, il n‘y aura plus de métiers sans formation. Il faut apprendre à apprendre dès le primaire, c’est important."

La force des liens de proximité : le fonds Un Pied devant l’Autre et l’association ADOS

ADOS (Association pour le Dialogue et l'Orientation Scolaire, Paris 75018) propose aux jeunes un accompagnement dans leur scolarité, ainsi qu’un cadre et des activités destinés à développer leur autonomie et susciter leur responsabilisation. Bénéficiaires : jeunes du quartier de la Goutte d’Or du CP au post bac.

Nathalie Goyet, fonds de dotation Un Pied devant l'Autre : "Créé par les habitants du quartier eux-mêmes, ADOS établit des liens entre les établissements scolaires et des familles qui ne se sentent pas légitimes pour accompagner leurs enfants, ne connaissant pas les codes scolaires. Nous soutenons des associations de proximité comme ADOS qui sont un facteur de paix et d’intégration sociale, elles font un travail formidable pour la réussite de jeunes."

Responsabiliser les jeunes : APPOS et l’association Arpej 14

Arpej 14 (Paris) accompagne des jeunes dans leur scolarité et la mise en œuvre de leur projet professionnel ; l’association soutient les parents dans leur rôle d’éducateur et dans leur relation avec l’école. Bénéficiaires : du CE1 au Post Bac.

Benoît Mialaret, APPOS : "Arpej 14 accompagne une centaine de jeunes par an parmi les familles défavorisées du 14è arrondissement de Paris. L’association établit un contrat tripartite entre chaque jeune, ses parents et son accompagnateur bénévole d'Arpej. Les jeunes sont ainsi responsabilisés. Soutenir ce type d’association est dans les gènes de l’APPOS, qui s’occupe de handicap social."

Se connaître soi-même pour s'orienter : Acteur de mon avenir propose aux jeunes des coachs professionnels

Jacques Vincent, fondateur d’Acteur de mon avenir : "800 000 jeunes passent en troisième chaque année, dont 250 000 en professionnel. Pour bien s'orienter, il faut se connaître soi-même, connaître les métiers et les cursus. Nos coachs professionnels agissent sur le développement personnel, l'acquisition de la confiance en soi. Ils soutiennent chaque année 250 jeunes."

Des jeunes oubliés des politiques publiques : La fondation Brageac et l'association Chemins d’avenirs

Isabelle Bouzoud, présidente de la fondation Brageac : "Chemins d'avenirs aide les jeunes de ″la France périphérique″ : des petites villes et campagnes souvent hors du champ des politiques publiques ; les habitants ont des difficultés de mobilité, d’accès à la culture et un sentiment d’abandon, d'où un risque pour la démocratie. Les jeunes de ces régions intériorisent une incapacité. Les collégiens et lycéens soutenus par Chemins d'avenirs sont sélectionnés sur leur motivation ; un parrain accompagne chacun pour définir son projet puis le suit pendant 18 mois. Un comité scientifique évalue le programme, dont l'ambition est de couvrir tout le territoire."

Les écoles innovantes en France : état des lieux 
Par Laurent Dupuis, Délégué général de la fondation Potentiels et Talents

L’innovation existe partout dans l'enseignement :

Quelles innovations rassemblent les acteurs de la "transition éducative" ?

  • Des classes multiages et multiniveaux, des pédagogies et parcours personnalisés.
  • L'accent mis sur les "soft skills" : collaboration, entraide dans les activités scolaires et autres…
  • L'interdisciplinarité, le mode projet, le sens et les représentations des enfants au cœur des apprentissages (cartes heuristiques…)
    • Créativité,
    • expression artistique,
    • multilinguisme.
  • L'implication continue des parents.
  • L'équipe « d’enseignants chercheurs » au service d'une organisation apprenante.
  • L'apport d'un regard extérieur
    • par des réseaux de partenaires aidants,
    • par l'ouverture des écoles aux chercheurs.

La "transition éducative" est en marche. Les entreprises, les collectivités territoriales, les fonds et fondations peuvent jouer un rôle clé dans l’amorçage et le déploiement, tant au niveau des écoles prises isolément que des organisations les fédérant, à l’image de la FETE.

Des écoles innovantes soutenues par les membres d'Un Esprit de Famille 
0 % d’absentéisme en classe : le fonds La Valinière et le Cours Frédéric Ozanam à Marseille

Le Cours Frédéric Ozanam (Marseille), école « Espérance Banlieues » à petits effectifs par classe, s’adresse à des élèves en risque de décrochage scolaire dont les parents sont désireux de s’investir dans la réussite de leurs enfants. Bénéficiaires : du CP à la 3ème. 

Manuela d'Halloy, fonds de dotation La Valinière : "30 % des élèves du Cours Frédéric Ozanam ont des retards scolaires très significatifs, 20 % ont des difficultés de comportement. Une classe compte 5 à 10 élèves, avec une pédagogie sur mesure pour chacun. L'apprentissage est permanent, soutenu par des intervenants externes et des activités périscolaires, en lien avec les parents. On note 0 % d’absentéisme chez les élèves, qui progressent considérablement."

Des jeunes à haut potentiel en échec scolaire : le fonds Après Demain et l’association Arborescences

Arborescences est un réseau d’écoles qui se donne pour mission d’épanouir des enfants à haut potentiel, grâce à une pédagogie qui prend en compte leur particularité. Bénéficiaires : enfants de 5 à 12 ans.

Alexia Maury-Segard, déléguée générale du fonds Après Demain : "Les 2/3 des 15 000 enfants à haut potentiel, souvent associé à l’hyperactivité, sont en échec scolaire. Arborescences intervient en primaire, ensuite les enfants réintègrent le système conventionnel. Arborescences gère 3 écoles pilotes avec une pédagogie innovante, qui mise sur la coconstruction des savoirs avec les adultes. Le fonds Après Demain soutient les personnes en situation de solitude : les enfants à haut potentiel et leurs parents sont très isolés."

Recherche et expérimentation pédagogique : la fondation Potentiels et Talents et la Lab School

La Lab School (Paris) est une école « adaptée au XXIè siècle », innovante, bilingue, solidaire, laïque, numérique et éco-responsable, qui vise la créativité et le plaisir d'apprendre des enfants. Bénéficiaires : du CE2 au CM2.

Brigitte de Compreignac, présidente de la fondation Potentiels & Talents : "La Lab School est construite sur 5 principes clés : le bien-être de tous (élèves, enseignants et parents) ; une pédagogie qui favorise la créativité, le sens et le désir d’apprendre ; la recherche : la pédagogie est sans cesse en questionnement ; la formation pour les enseignants let les parents ; l'ouverture sur le monde."

Des clés pour repenser l'école en France 
  1. Faire vivre des réseaux d'écoles pour partager les expériences et diffuser les apprentissages.
  2. Dépasser les lignes de fracture et d’opposition entre écoles publiques, privées sous contrat et hors contrat : rassembler les forces vives qui montrent le chemin de l'innovation en favorisant la coopération des réseaux.
  3. Plusieurs niveaux d’action sont nécessaires pour faire bouger les lignes :
  •        les actions palliatives, pour agir là où il y a urgence, notamment dans les collèges et les lycées ;
  •        l’expérimentation, pour tester l'efficacité des innovations,
  •        l’évaluation pour influer sur les politiques publiques, faire évoluer les consciences et les fonctionnements.
Un Esprit de Famille
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