Philanthropes en action #22
« Donner les clés de l’autonomie à celles et ceux qui en sont le plus éloignés, telle est l’ambition d’Impala Avenir. »
Crama et Florian du Boÿs, fondateurs d’Impala Avenir

A la fois fonds de dotation, fondation familiale abritée et association, Impala Avenir monte des projets d’autonomisation en faveur des jeunes les plus précaires en France. Impala Avenir soutient également des projets de développement social et économique en Afrique subsaharienne et en Haïti.
Quel a été le déclic de votre engagement philanthropique et votre parcours de vie a-t-il influencé vos choix ?
Crama et Florian du Boÿs :
Depuis toujours, nous soutenions financièrement des associations qui œuvraient pour l’autonomie des bénéficiaires, l’éducation ou l’entrepreneuriat. Nous avions également une sensibilité particulière, du fait de notre histoire, vis-à-vis de la situation des populations dans les pays les moins développés.
Lors de la cession de notre entreprise en 2014, il nous a semblé naturel de consacrer une partie du produit de la vente à des causes qui nous tenaient à cœur en créant un fonds de dotation et une fondation abritée chez Caritas, dont l’objet est le soutien de projets français et internationaux d’autonomisation. Assez rapidement, nous avons souhaité nous investir personnellement et avons créé l’association Impala Avenir Développement pour héberger les dispositifs développés par nous-mêmes en France.
« La Maison des Marraines » a fêté ses 7 ans. Pourquoi l’avoir créée et à qui s’adresse-t-elle ?
Crama du Boÿs :
J’avais à cœur d’œuvrer sur la problématique du sans-abrisme des femmes.
En 2018, je mène une étude de terrain auprès des structures existantes et découvre une réalité alarmante : le nombre croissant de jeunes femmes en grande précarité, notamment celles sortant de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).
Ces jeunes, souvent livrées à elles-mêmes dès 18 ans – parfois 21 ans dans les rares cas de prolongement – se retrouvent sans filet de sécurité. Les foyers de jeunes travailleurs, quand ils sont accessibles, ne suffisent pas à combler leurs besoins. Pire, je constate que la plupart des solutions se limitent à un logement inconditionnel, sans accompagnement global pour les guider vers l’autonomie, l’emploi ou la reconstruction personnelle
Face à ce constat, j’imagine un modèle différent : un accompagnement humain, personnalisé et durable, capable de briser l’isolement et de restaurer la confiance en soi.
Au départ, le dispositif s’adressait aux jeunes en sortie sèche de l’ASE. Plus tard, j’ai élargi à l’ensemble des jeunes femmes en précarité de logement. Mais nous faisons le constat que 50% de nos bénéficiaires ont eu un parcours ASE à un moment donné de leur vie.
Les jeunes, mises à l’abri, se projettent et rejoignent l’autonomie en 8 mois en moyenne.
Photo : Impala Avenir
Concrètement, comment « La Maison des Marraines » soutient les femmes sans abri ?
Crama du Boÿs :
Selon une étude de l’INED (Institut National d’Études Démographiques), environ 40 % des personnes sans abri sont des femmes. Parmi elles, nombreuses sont celles qui ont moins de 25 ans. Elles ne peuvent pas légalement bénéficier du RSA et sont particulièrement vulnérables. L’une des clés essentielles pour aider ces femmes à trouver le chemin vers l’autonomie est la sécurisation du logement.
La maison des marraines est un accompagnement global, sur mesure de chaque jeune femme qui comprend 5 piliers :
- Un logement sécurisé pris en charge par Impala Avenir, pour leur permettre de se poser et de réfléchir sereinement à leur avenir.
- Un accompagnement social et professionnel réalisé par un partenaire local, afin de définir son projet de vie et lever les freins périphériques.
- Un suivi renforcé par une responsable territoriale (salariée de l’association), qui la suit tout au long du parcours et s’assure qu’elle met tout en œuvre pour aller vers l’autonomie
- Le soutien bienveillant et le lien affectif d’une marraine ou d’un parrain
- Des ateliers pour favoriser son autonomie et son bien être (culturel, sportif, coaching…).
La marraine (ou le parrain) apporte la chaleur humaine et l’ouverture, une vision différente des autres acteurs du dispositif. Elle s’adapte aux besoins et aux souhaits de la jeune femme.
Vos Dispositifs « Les Plombiers du Numérique » et « Les Geeks du Bâtiment » s’appuient sur des métiers en tension. Quelles sont leurs spécificités et comment facilitent-ils l’accès à l’emploi ?
Florian du Boÿs :
Leur objectif commun est en effet de faciliter l’accès à l’emploi mais aussi à des formations diplômantes sur des métiers méconnus et qui ont des besoins importants.
Les programmes Plombiers du Numérique (insertion dans les métiers des infrastructures numériques – fibre optique, datacenter) et Geeks du Bâtiment (insertion dans les métiers du bâtiment) ont été pensés afin de permettre une insertion professionnelle rapide et durable pour des candidats sans diplôme ni expérience.
Sur des métiers attractifs et en tension, nous montons des parcours en partenariat avec les entreprises. Ces parcours sont basés sur trois piliers :
- remise à niveau,
- apprentissage du geste technique,
- stages.
La délégation de la gestion de nos programmes à des acteurs associatifs locaux permet un essaimage rapide du dispositif, tout en continuant à en assurer le contrôle.

Photo : Impala Avenir
Quelles sont les clés de succès de vos différents programmes ?
Crama et Florian du Boÿs :
L’ADN de l’association Impala Avenir repose sur un principe fort : concevoir nos projets en partenariat avec des acteurs locaux, qui maîtrisent parfaitement leur écosystème et dont l’engagement est total.
Par ailleurs, la méthodologie d’Impala Avenir permet une duplication efficace sur tout le territoire national avec des ressources humaines et financières limitées.
Enfin, L’utilisation d’outils de reporting centralisés (comme Airtable) permet un suivi précis des indicateurs (taux de sorties positives, profil des bénéficiaires) et une amélioration itérative des programmes.
Avez-vous quelques chiffres qui illustrent l’impact de vos actions ?
Crama et Florian du Boÿs :
- La Maison des Marraines a hébergé et accompagné plus de 300 jeunes femmes au niveau national 5 villes), avec plus de 70% de sorties positives. La durée d’accompagnement est en moyenne de 8 mois. Pour 3700 euros en moyenne, les jeunes femmes deviennent autonomes (logement de droit commun et rémunération).
- Les Plombiers du Numérique a permis d’accompagner 1750 jeunes avec 78% de sorties positives sur 15 territoires et 3 métiers, et les Geeks du Bâtiment, 1000 candidats avec 80% de sorties positives sur 40 territoires.
Nous nous assurons personnellement de l’impact de nos dispositifs en assurant la collecte des informations auprès des bénéficiaires pendant et après leur passage dans nos dispositifs.

Photo : Impala Avenir
Pour conclure, quels sont les défis majeurs pour les années à venir, et comment comptez-vous les relever ?
Crama et Florian du Boÿs :
Concernant la maison des marraines, nous remettons régulièrement en question le dispositif en l’adaptant aux constats relevés. Notre développement territorial est un défi important qui ne doit pas remettre en cause la qualité de l’accompagnement individuel, sur mesure et global de chaque jeune.
Sur l’insertion professionnelle, le désengagement financier de l’Etat constitue la principale menace de programmes comme les nôtres. La réalité est que sans entreprise, il n’y a pas d’insertion possible.
Le seul moyen de pérenniser et de développer nos dispositifs passe par l’engagement de la société civile et de plus en plus d’entreprises. En particulier, les fondations privées, leur capacité à innover financièrement et à comprendre les enjeux économiques sont des partenaires essentiels pour nous.
