Philanthropes en action #21

« Favoriser le bien-être est fondamental.
Pour davantage d’équilibre intérieur et de solidarité dans la société . »

Gabriel Pacheco, fondateur du fonds de dotation Nouveau Monde

    Quel a été le déclic de votre engagement philanthropique et pourquoi avoir créé un fonds de dotation familial ?

    Gabriel Pacheco :

    Mon moteur est de rendre à la société ce qu’elle m’a donné.

    J’ai été boursier tout au long de ma scolarité, et d’une certaine manière, j’ai conscience d’avoir été aidé et accompagné par le système méritocratique français.

    Je me sens aussi très privilégié d’avoir eu cette belle réussite entrepreneuriale et financière alors il me semble normal de contribuer en retour à l’échelle sociétale.

    Le fonds de dotation Nouveau Monde, avec l’aide d’une petite équipe opérationnelle, me permet de contribuer à l’intérêt général tout en dirigeant le réseau immobilier SAFTI que j’ai co-fondé il y a plus de 15 ans.

    La dimension familiale du fonds de dotation vient de la proximité avec mes frères et sœurs. J’avais envie de partager ce pan de ma vie avec eux et je les remercie d’avoir accepté de prendre part à cette aventure philanthropique ! Elle résonne beaucoup avec leur engagement : ma sœur est professionnelle de santé, mon frère dans la restauration végane et mon beau-frère a longtemps évolué dans l’agroécologie. J’ai aussi eu envie d’associer à cette belle action Sandra Françonnet, mon associée depuis plus de 20 ans et avec qui j’entretiens une relation de grande confiance.

    Votre fonds était initialement consacré au développement de la méditation. Pourquoi avoir élargi son champ d’action au bien-être mental ?

    Gabriel Pacheco :

    Le nom Nouveau Monde a toujours été pour moi la référence à un nouveau paradigme, un monde où les gens seraient davantage en harmonie avec eux-mêmes et donc avec les autres.

    Depuis le début de ce projet, la méditation nous apparaît comme un outil efficace de bien-être. Nous ne sommes pas les seuls à le penser : le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU que nous soutenons est en train de déployer à grande échelle dans son personnel une formation massive à la pratique de la méditation de pleine conscience afin d’encourager plus de clarté et de résilience dans ses rangs.

    Ma propre pratique méditative m’a beaucoup aidé au cours de ma carrière d’entrepreneur. Elle a contribué à mon ancrage, me permet de voir les choses plus clairement, d’être dans la relation avec les autres… C’est un facteur d’équilibre et de performance. Je pense vraiment que la méditation peut aider tout un chacun à être plus heureux dans sa vie et à apporter sa pierre à l’édifice.

    Mais après 2 ans d’accompagnement de projets basés sur le développement de la pratique de la méditation pleine conscience, nous avons compris sur le terrain qu’il existait d’autres pratiques tout aussi pertinentes pour améliorer le bien-être mental des personnes.

    Nous avons donc élargi la mission du fonds de dotation pour soutenir la diffusion de pratiques de régulation émotionnelle et relationnelle, principalement auprès des jeunes et des plus vulnérables.

    Scholavie, qui développe le bien-être et la réussite scolaire à l’école grâce aux compétences psychosociales, ou Propolis, qui utilise l’art du récit pour soigner des jeunes atteints de douleurs chroniques, en sont des exemples parmi d’autres que nous soutenons depuis le début d’année 2026.


     © Crédit photo : Propolis

     

    Vous dites que le bien-être mental est fondamental. Qu’est-ce qui freine aujourd’hui son accessibilité ?

    Gabriel Pacheco :

    Le bien-être mental est une composante essentielle de la santé, définie par l’OMS comme un état complet de bien-être total et pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité. Il est essentiel partout, tout le temps, pour chaque individu et pour vivre en société.

    Mais certains n’ont pas conscience qu’il y a des pratiques qui peuvent les aider à aller mieux. Ils n’ont pas connaissance de leur simplicité et de leur impact. Il y a parfois une forme de déterminisme, un manque d’ouverture à d’autres manières de vivre, notamment dans les milieux d’affaire ultra cartésiens. C’est aussi pour beaucoup un sujet de moyens, car on n’apprend pas à l’école à trouver son équilibre intérieur.

    Pour que des pratiques préventives soient largement diffusées, il manque également une prise de conscience collective des coûts de santé publique qu’elles permettent d’éviter.

    Notre budget annuel de l’ordre d’un million d’euros par an représente déjà un bel engagement. Mais les besoins sont immenses et nous ne sommes que peu de financeurs sur les questions de prévention en matière de bien-être mental.

    Beaucoup de projets ciblent les jeunes. Pourquoi en avoir fait une priorité ?

    Gabriel Pacheco :

    Les jeunes, c’est l’avenir de notre société. Un jeune sur 4 présente des symptômes de dépression : il est donc important d’aider au mieux cette population particulièrement exposée qu’il s’agisse de stress, d’éco anxiété, de problématiques relatives aux réseaux sociaux…

    C’est pour cela que nous avons soutenu des groupes de parole pour jeunes éco-anxieux et que nous sommes partenaires de l’Hôpital Robert Debré à Paris pour prévenir le risque de rechute suicidaire chez l’enfant et l’adolescent grâce à une thérapie basée sur la méditation de pleine conscience.

    Découvrir des ressources pour s’équilibrer dès le plus âge permet de mieux traverser la vie, ses crises individuelles et collectives, avec davantage de robustesse. Quand on comprend la polycrise vers laquelle nous tendons, il apparaît très urgent de considérer les questions de régulation émotionnelle et relationnelle des jeunes.

    Comment le « prendre soin » s’applique dans votre relation aux associations ?

    Gabriel Pacheco :

    Dans une relation d’accompagnement que nous souhaitons qualitative et personnalisée, Nouveau Monde est vraiment une ressource clé à destination des associations pour les aider, pour œuvrer à leur développement, pour accompagner et soutenir leurs représentants.

    Je pense à titre d’exemple aux ateliers collectifs proposés sur différentes thématiques comme les RH ou la communication, au cycle de Co-Développement entre dirigeants associatifs ou aux missions flashs destinées à aider les associations sur des sujets opérationnels.

    Très rapidement, nous avons souhaité créer et développer une communauté Nouveau Monde. Cela passe notamment par la proposition d’un événement annuel, célébration collective d’une journée ou plus chaque mois de septembre.


    Photo : Evénement annuel avec les associations

     

    Pouvez-vous nous citer quelques projets coup de cœur que vous avez soutenus ?

    Gabriel Pacheco :

    Nous avons soutenu 24 associations depuis 2024. Certaines de façon ponctuelle, d’autres dans la durée, une partie sur des montants conséquents et d’autres sur des soutiens plus modestes selon le niveau de besoin et de maturité de chaque structure.

    L’exemple le plus évocateur pour moi est certainement celle de l’association qui amène la pratique de l’attention en classe dans les quartiers prioritaires. De cette initiative émane actuellement une nouvelle structure dédiée au bien-être mental en milieu digital, Euneos.

    Les Eclaireuses et Eclaireurs de la Nature sont également emblématiques. Il s’agit d’un scoutisme autour de la proximité avec la nature, son respect et la méditation de pleine conscience grâce à des temps spirituels laïques de grande qualité.


     © Crédit photo : Eclaireuses et éclaireurs de la nature

    L’association Des enfants et des arbres qui renforce l’autonomie et la confiance des élèves en leur faisant planter des arbres à grande échelle sur des exploitations agricoles, est aussi un projet que j’aime beaucoup car il reconnecte les enfants à la terre, les agriculteurs aux écoles, le savoir à l’expérience.


     © Crédit photo : Jean-Luc Perreard 

     

    Pour conclure, comment voyez-vous les défis majeurs du bien-être mental des prochaines années et comment souhaitez-vous y répondre ?

    Gabriel Pacheco :

    En se projetant vers l’avenir il y a évidemment beaucoup de défis, en France et ailleurs. Avec Nouveau Monde, nous voulons y répondre avec beaucoup d’enthousiasme, d’envie de faire, d’aider, d’accompagner… Bref, d’apporter notre pierre à l’édifice !

    Nous ne sommes qu’au début de l’aventure, le fonds est en activité depuis à peine 3 ans et il y a encore énormément de choses à développer. Nous lançons d’ailleurs notre premier appel à projets à l’été 2026 pour identifier des pépites qui prennent soin du bien-être mental des jeunes et des plus vulnérables.

    J’espère du fond du cœur que davantage de philanthropes vont s’intéresser à ce sujet du bien-être mental car il est central pour atténuer les violences et mieux vivre ensemble.

     

     

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